Gantry 5

 

N° 957 24/12/2025   On ne défend pas la Palestine en utilisant n’importe quel mot
Certains vocables sont issus de la propagande sioniste ou de l’idéologie dominante. Pour une caractérisation et une analyse juste de la situation, nous préférons les éviter.
 
Nous n’utilisons pas le terme « Israël », mais celui « d’État colonial sioniste ».
Le Parti Révolutionnaire Communistes ne valide pas le partage par l’ONU de la Palestine en 1947/1948 sans demander leur avis aux Palestiniens. Nous ne validons pas non plus la déclaration unilatérale de création de l’État sioniste en 1948.
Par voie de conséquence, comme nous l’avons déjà écrit, nous pensons que la direction politique de l’URSS a, au moment du vote de l’ONU, commis une erreur en laissant le champ libre aux puissances impérialistes et à leur projet colonial d’État tampon au Proche Orient. La direction des Affaires étrangères en URSS était largement constituée de personnalités droitières dans le parti, comme Gromyko, futur ministre des Affaires étrangères sous Brejnev, qui dirigea la négociation à l’ONU. Molotov lui-même, ministre en 1948, semble avoir été favorable à la validation de la création de l’État sioniste. Ce sera la principale raison de la fin de son mandat de ministre des Affaires étrangères, lorsque les dirigeants soviétiques adoptent enfin une ligne politique antisioniste au début de 1949.
Nous caractérisons cet État par ce qu’il est, conformément au projet sioniste initial et aux désirs des capitalistes de l’impérialisme britannique. Un État colonial, ayant ceci de particulier: il ne pratique pas une colonisation d’exploitation, mais une colonisation de substitution, conformément à l’idéologie réactionnaire sioniste.
 
Aussi, nous ne parlons pas de « Juifs », mais « d’Émigrants européens »
Ce qui caractérise les citoyens de premier niveau de l’État d’apartheid sioniste c’est qu’ils sont pour l’essentiel des colons venus d’Europe ou leurs descendants. Ces ashkénazes sont dominants, y compris face aux autres populations se réclamant du judaïsme (Séfarades, Mizrahim, Yéménites, Ethiopiens, etc.).
Si toute la propagande sioniste consiste à faire d’eux les représentants du judaïsme et des descendants des Hébreux, cela ne représente aucun fond de vérité. Au contraire, nombreux sont les Juifs dans le monde ne se retrouvant pas dans l’État colonial sioniste. Nous ne suivons donc pas le discours de la propagande qui, en assimilant l’État sioniste génocidaire au soi-disant « peuple juif » invente une fausse justification historique à l’injustifiable et masque la question coloniale.
Rappelons enfin que le projet britannique d’État tampon au Moyen Orient, a installé sur les ruines de l’Empire Ottoman alors moribond, afin de veiller à la division du monde arabe date de 1907, sous le premier ministre Campbell-Bannerman, soit dix ans avant la Déclaration Balfour offrant un Foyer National Juif. Les deux projets se complétaient à merveille, mais, si les Britanniques sont tombés sur les sionistes pour réaliser leur tâche, ils auraient très bien pu trouver d’autres exécutants.
 
Il n’y a pas conflit israélo-palestinien, mais une guerre coloniale et de libération nationale
Il est de bon ton de parler de « conflit israélo-palestinien » comme si les deux étaient des États en guerre l’un contre l’autre et, surtout, pour ne pas révéler la nature coloniale de cette guerre de 78 ans.
La Naqbah et le processus de colonisation, nous le rappellerons un peu plus loin, sont aujourd’hui suffisamment connus pour qu’il ne soit pas utile de s’étendre plus. Rappelons aussi que l’État colonial sioniste est aujourd’hui l'un des volets du capitalisme monopoliste, le « prolongement organique de l’impérialisme occidental », comme dit Georges Abdallah.
La lutte du peuple palestinien (le peuple surtout, très peu sa bourgeoisie) au sujet de  son territoire est une attaque directe contre le capitalisme monopoliste et contre l'impérialisme, pour son territoire, sa culture, son identité... et donc c'est aussi notre propre lutte.
Enfin, nous redisons qu’il ne faut pas s’en tenir, concernant les Palestiniens à une unique dimension morale, à une sympathie pour un peuple martyr et à une compassion qui fait siennes les souffrances du peuple palestinien, sous peine de ne pas comprendre les racines politiques profondes de l'entreprise sioniste de conquête de la Palestine. Il est essentiel de considérer les Palestiniens comme un peuple acteur de sa propre histoire, en lutte contre le sionisme, l'impérialisme et la réaction, pour sa libération nationale, un long combat dont nous devons reconnaître la centralité et le caractère stratégique pour notre propre émancipation.
 
Nous évoquons la Résistance palestinienne et non le Hamas
Le Hamas est certes le mouvement le plus important de la Résistance palestinienne, mais pas le seul. Rappelons que cinq organisations armées ont participé à l’opération « Déluge d’Al-Aqsa » le 7 octobre 2023. La focalisation sur le Hamas, dans nos media a pour but de diaboliser la Résistance. Le Hamas, contre toute réalité, est assimilé aux fascistes islamistes du genre DAESH ou Al-Nosra, qui sont pourtant des instruments de l’impérialisme occidental et de l’État colonial sioniste.
La Résistance armée palestinienne, du Hamas au FPLP, en passant par le FDLP ou le Jihad Islamique est unie dans l’objectif de libérer la Palestine. Ses représentants demandent que nous parlions, non pas de tel ou tel mouvement, mais de la Résistance. C’est la meilleure réponse possible à fournir à ceux qui usent et abusent du terme « terrorisme ».
 
Nous sommes pour la libération de la Palestine, non pour un Etat palestinien soumis au sionisme
Après la résolution franco-saoudienne de septembre dernier le plan Trump adopté par les Conseil de Sécurité grâce au blanc-seing décerné par les impérialistes rivaux de Chine et de Russie a montré, s’il le fallait, ce que signifiait en réalité la pseudo « solution à deux États » : la perspective d’un bantoustan palestinien désarmé sans pouvoir de décision politique. L’analyse de l’expérience déjà tentée des accords d’Oslo le démontre à l’envi.
Les accords d’Oslo ont été une gigantesque supercherie. On a bien discuté des questions clés de la Palestine : les colonies, les prisonniers, Jérusalem, l’État palestinien, les réfugiés. Et la seule chose qui ait été signée fut la coopération sécuritaire, obligation pour l’occupé d’assurer la sécurité de l’occupant. Entre la signature des accords d’Oslo et l’assassinat de Rabin, celui-ci a installé 60 000 nouveaux colons. Depuis 30 ans, le pseudo « processus de paix » a servi au développement du rouleau compresseur colonial. Aujourd’hui existe 900 000 colons, 12% de la population juive israélienne. Oslo a abouti à la division palestinienne.
Pourtant, au nom du « développement inégal du capitalisme », certains continuent de prôner la création d’un État palestinien à côté de l’État colonial sioniste maintenu. On mobilise la loi du développement inégal du capitalisme pour sous-entendre que les Palestiniens (la bourgeoisie palestinienne) doivent d’abord atteindre un stade en mesure de se défendre ou rivaliser avec le capitalisme « israélien ». Pour en déduire que son droit à l’auto-détermination ne peut se réaliser dans un Etat qui lui est propre.
D’abord, il se trouve une spécificité du capitalisme sioniste, largement ignorée, puisque majoritairement impérialiste occidental ou même US, et n’est national qu’en termes de territoire. Même les ressources humaines sont multinationales. Peut-on être aveuglé à ce point et penser que, dans ce contexte de politique d’expulsion et de transfert des Palestiniens, de domination hégémonique du capitalisme multinational sioniste, les forces productives pourront être développées librement sur une partie bantoustanisée ?
Plus globalement, nous sommes face à une incompréhension du stade actuel du capitalisme. On utilise les termes de Lénine sans prendre en compte le développement actuel du capitalisme des monopoles où le capital financier/ manufacturier/ agricole/ technologique (c'était débutant à l'époque de Lénine et il en a parlé mais pas encore développé) est totalement intégré. Bien sûr le développement inégal du capitalisme est l'un des facteurs mais il est loin d'être le seul car les monopoles sont présents dans les capitaux de toute entreprise s'implantant sur place : ainsi de l'achat de terre, de mines... en Afrique par des capitaux provenant de Chine, Russie, Israël, Arabie Saoudite, USA etc. Les monopoles n'ont quasi plus rien à voir avec les Nations il y a quelques restes, mais plus grand chose, parler de "capitaux nationaux" pour la zone de l’impérialisme occidental ne parait pas une expression correspondant à la réalité des capitaux monopolistiques (voir les capitaux de Renault, de Peugeot, de Total, de Sanofi, ex Rhône-Poulenc, etc.). On peut sans doute parler de capitaux internationaux au sujet des monopoles, certes ils utilisent les États de leur origine, afin de maintenir leur pouvoir politique dans chacune des nations et pour bénéficier d'aides diverses.
 
Il n’existe pas de « prolétariat israélien »
De même qu’on a de la peine à identifier une bourgeoisie capitaliste proprement « israélienne », comme nous venons de l’expliquer, on ne trouve pas de trace d’un prolétariat « israélien ». Marx a suffisamment écrit que le prolétariat n’avait que ses chaînes à perdre pour que l’on comprenne que les couches moyennes en général, même celles qui ne possèdent aucun moyen de production ou d’échange n’ont pas uniquement leurs chaînes à perdre, mais une place dans la société capitaliste avantageuse par rapport aux prolétaires.
Il en est de même des colons, un colon a forcément quelque chose à perdre qui ne relève pas de ces chaînes : son statut de colon. S’il existe un prolétariat dans l’entité sioniste, comme dans tous les pays capitalistes, il n’est pas composé de la composante coloniale européenne ou autre, mais des Palestiniens qui ont ou pas la citoyenneté de l’État et de travailleurs d’Asie méridionale ou orientale (Indiens, Thaïlandais, Philippins, etc.).
On passera sur certains trotskistes ou gauchistes qui parlent de fraternisation entre prolétariat palestinien et pseudo prolétariat israélien. Mais d’autres se prononcent pour : « le pouvoir de la classe ouvrière et la révolution socialiste en Israël, contrairement à ceux qui nient les conditions objectives et l’existence de forces productives en Israël. ». Ce qui précède montre bien ceci : nous ne nions pas l’existence de forces productives dans l’État colonial sioniste, mais affirmons qu’elles ne sont pas « israéliennes ». Mais, on peut conclure de cette prise de position que seule la classe ouvrière « israélienne » sera le protagoniste du dépassement du statut colonial !!! « Israël » serait ainsi plus proche de la révolution socialiste que le mouvement de libération national palestinien !! Cette formulation-affirmation rappelle étrangement certaines positions thoréziennes du PC Algérien dans les années 30.
 
Le droit au retour des Palestiniens n’est ni discutable ni aménageable
Or, les partisans des « deux États » limitent forcément ce droit au retour. Il devient plus individuel que collectif, alors que le mouvement national palestinien travaille à remettre au centre l’unité des différentes composantes de son peuple que l’entité sioniste a divisé par l’expulsion, le transfert et la violence. On croit défendre un retour juste en mettant le Palestinien lambda face à l’État colonial sioniste. C’est d’ailleurs une des propositions de Netanyahu et une des dispositions des Accords d’Abraham, ainsi que de la fameuse résolution 194 : un retour-compensation sous condition de renonciation à la Résistance et d’acceptation de l’entité sioniste. C’est encore une forme rénovée de la litanie de « Israël », dans le cas où…, ne pourra pas accueillir tous les réfugiés : donc il faudra des compensations (et des aides étrangères au voleur) pour exercer ce droit.
Pour le Parti Révolutionnaire Communistes, la libération nationale de la Palestine est la condition sine qua non du retour effectif des réfugiés, de la réparation des torts qui leur ont été faits.
 
La nature profonde de la colonisation de substitution
Un rappel nécessaire
Le sionisme est un colonialisme d’un genre particulier. Theodor Herzl disait que les sionistes allaient construire une barrière de la civilisation contre la barbarie de l’Asie. Ce colonialisme ne vise pas à exploiter le peuple indigène, à « faire suer le burnous » comme disaient les colons français. C’est un colonialisme de substitution qui nie l’existence, les droits et la dignité du peuple autochtone et cherche à l’expulser, l’enfermer ou le tuer. Le modèle des sionistes, c’est ce que les Européens ont fait avec les indigènes en Amérique ou en Australie.
Les textes de Lénine sur la colonisation à l’impérialisme ne prennent pas en compte le colonialisme de substitution, ce qui est normal car à l'époque de Lénine aucune analyse n'avait été faite sur ce type de colonialisme (Amérique) et donc aucune différence identifiée entre le colonialisme d’exploitation et le colonialisme de remplacement. Lénine travaille sur les colonies de l'époque tsaristes, y compris Pologne et Ukraine + Mongolie, Kazakhstan... et sur les grands Russes : c'est très différent ! On ne peut analyser le sionisme dans sa spécificité sans prendre en compte la lutte concernant tout le territoire Palestinien, pour empêcher la disparition du passé, de la culture...
Les institutions sionistes ayant expulsé le peuple palestinien de son propre pays sont antérieures de plusieurs dizaines d’années à la création officielle d’Israël. La Banque coloniale juive est créée en 1898. Elle achète des terres à des féodaux absents pour expulser les paysans présents. Le Fonds National Juif est créé en 1901. Il a pour but de « judaïser la terre » et plante des arbres là où il y avait un village palestinien.
Il était impossible de coloniser la Palestine avec un colonialisme individuel. Il fallait un colonialisme collectif. Dès 1920, l’aile social-démocrate dirigée par David Ben Gourion devient majoritaire dans le mouvement sioniste. Elle fonde la Histadrout (syndicat général des travailleurs juifs) dont le premier article des statuts est la « défense du travail juif ». Ce syndicat est réservé aux seuls Juifs et sa première action est un boycott des magasins arabes. C’est la Histadrout qui a fondé la compagnie Mekorot des eaux (qui vole aujourd’hui l’eau en Cisjordanie), la compagnie Zim de navigation, la compagnie SolelBoneh des travaux publics (qui construira les colonies), les grandes banques, les caisses de retraite et d’assurance maladie, les kibboutz (interdits aux Arabes), l’Agence Juive (qui installe les nouveaux occupants) et la Haganah, ancêtre de l’armée génocidaire d’aujourd’hui. Des décennies avant la Nakba il existait déjà dans les faits un État « juif » avec la protection du colonisateur britannique. L’existence même de la Histadrout implique un colonialisme différent de celui, par exemple de l’Algérie, où le syndicalisme ouvrier était CGT (et CGTU dans les années 20/30).
Gardons toujours à l’esprit que le but des sionistes est « d’effacer » la trace du peuple autochtone. D’ailleurs en Israël, le mot « Palestine » n’existe pas.
 
Le prolongement organique de l’impérialisme occidental
L’État colonial sioniste est le résultat de la volonté des puissances impérialistes occidentales (Grande-Bretagne et France d’abord, USA ensuite) d’établir une tête de pont au Proche Orient, un État tampon destiné à organiser et contrôler la division du monde arabe, puis à contrôler le pétrole.
C’est la raison principale de son caractère colonial de substitution et génocidaire. Rappelons les paroles de Georges Abdallah[1] : « Israël est plus qu’une base, plus qu’une colonisation de peuplement, c’est un prolongement organique de l’impérialisme occidental. Cet occident impérialiste s’est structuré historiquement sur une dynamique globale génocidaire, avec les USA qui ont remplacé l’Amérique du Nord d’avant dont le prix fut entre 20 et 25 millions d’indigènes tués ; avec la latinisation de l’Amérique du Sud et un nombre incalculable de victimes ; avec l’Australie où le premier peuple qu’a connu l’humanité, le peuple aborigène, fut lui aussi victime et transformé en quelques bibelots touristiques. Dans cet Occident impérialiste représenté par Israël, on voit la fascisation. C’est la première fois qu’Israël se présente sous ses traits les plus fascisants possibles. Ce qui ne veut pas dire que c’était la bonne entente avant. Il y avait déjà un génocide, inerrant à toute colonisation de peuplement, toujours. ».
C’est aussi ce qui explique les nombreuses complicités dont l’État colonial sioniste bénéficie dans le monde occidental et dans le monde arabe. C’est d’autant plus vrai qu’aujourd’hui, l’entité sioniste est l’État rêvé des dominants de ce monde. C’est une start-up technologique fabriquant les armes les plus perfectionnées. Toutes les polices et les armées du monde vont se « former » au Sionistan. Pour tenir le Proche-Orient, les Occidentaux ont besoin de l’État sioniste et des pays du Golfe. Ces régimes se sont alliés avec les accords d’Abraham. L’État colonial sioniste, c’est une revanche coloniale, c’est est un laboratoire qui montre aux dominants comment on peut réprimer, enfermer et assassiner les dominés. C’est un pays qui montre qu’on peut piétiner sans conséquence toutes les formes du soi-disant droit international. Au moment du bombardement contre l’Iran, le chancelier allemand a félicité Netanyahu qui faisait ce que l’Occident n’osait pas faire.
 
Les complices des sionistes et du génocide
Les régimes arabes
Pendant longtemps, il y a eu dans le monde arabe des bourgeoisies nationales anti-impérialistes tel le régime de Nasser. La défaite arabe de 1967 a provoqué une mutation terrible. Un nouveau modèle social est né dans le Golfe : des États à la fois féodaux et capitalistes, patriarcaux et esclavagistes avec 80% de la population immigrée et sans droit. Ces féodaux, soutenus et armés par l’impérialisme occidental sont devenus hégémoniques dans le monde arabe. Ils appartiennent au même monde que l’entité sioniste et ont signé les accords d’Abraham ou s’apprêtaient à la faire lorsque l’attaque du 7 octobre 2023 a fait resurgir la question palestinienne que tous souhaitaient enterrer.
Ils auraient pu arrêter le génocide en cours comme en 1973 quand ils ont coupé le robinet du pétrole. Le ministre des Affaires Étrangères des Émirats a expliqué que ce que les sionistes faisaient à Gaza « posait des problèmes » mais qu’on saurait « les surmonter ». Et le lendemain de la reconnaissance d’Israël par le Maroc, le général israélien AviKochavi était au Sahara pour superviser une aide militaire israélienne contre le Polisario.
 
La France et son histoire coloniale
La complicité est militaire, politique, économique, commerciale, médiatique, judiciaire, bancaire … En France, nous payons le prix de deux paroles qui n’ont pas été dites : la parole sur le colonialisme français et ses crimes. Et celle sur le régime de Vichy et les soutiens qu’il a eus. Ce qui se passe à Gaza dédouane la France antisémite et est une revanche sur les « Arabes » qui ont gagné la guerre d’Algérie.
Toute la gauche (LFI, PCF, Écologistes) manque cruellement de fibre anticolonialiste. Ils ont tendance à renvoyer dos à dos Netanyahu et la Résistance. Ce n’est  heureusement pas unanimité dans ce refus de faire la différence entre occupant et occupé. Mais ce positionnement explique l’absence de ces forces dans les mobilisations où, pour LFI, la volonté de cadrer les mots d’ordre sans remettre en cause l’existence de l’État colonial sioniste et leur incapacité à sortir du mythe de la « solution à deux États ».
 
Le rôle de la plupart des organisations juives en France
Certains groupes se disant « de gauche » voire « d’extrême gauche » mettent toute leur énergie à dénoncer un prétendu « antisémitisme de gauche ». Ils ont pour nom le Réseau d’Actions contre l’Antisémitisme et tous les Racismes (RAAR), les Juives et Juifs Révolutionnaires (JJR), Golem ou l’Union Juive pour la Résistance et l’Entraide » (UJRE). Ces courants servent à criminaliser l’antisionisme qui viserait à « jeter les Juifs à la mer ».
Beaucoup de ces courants développent l’idée comme quoi le problème, est Netanyahu et pas l’idéologie sioniste. Ils ont un mal fou à parler de génocide ou d’apartheid. Ils essaient de propager le mythe d’un autre sionisme, à visage humain.
Depuis plus de 20 ans, le CRIF est dirigé par des proches du Likoud. L’ancien président, Francis Kalifat a même été membre du Bétar, une milice s’entraînant en Italie fasciste à la fin des années 1930. Autour du CRIF se sont créées une multitude d’associations sionistes disposant de nombreux avocats et de gros moyens : le « Bureau National de Vigilance Contre l’antisémitisme » (BNVCA), la « Ligue Internationale Contre le Racisme et l’Antisémitisme » (LICRA) autrefois association antiraciste, « Avocats Sans Frontières »« Organisation Juive Européenne » OJE), « Jeunesse Juive de France »« Union des Étudiants Juifs de France » (UEJF) … Des centaines de plaintes ont été déposées dès le 7 octobre 2023 pour « apologie du terrorisme ».
Les autorités françaises et les media ont décidé que le CRIF représentait les Juifs et que l’antisionisme était « la forme réinventée de l’antisémitisme » (cette perle est de Macron). Ce soutien inconditionnel au sionisme auquel l’extrême droite participe est rendu possible par l’amnésie sur le régime de Vichy. Ce fut l’époque 55 millions de lettres de dénonciation écrites par 3,5 millions de personnes. L’antisémitisme a été massif. L’écroulement des valeurs morales en France après le 7 octobre rappelle l’écroulement de la France « républicaine » en 1940. Et les racistes pensent laver leur mauvaise conscience en soutenant sioniste.
 
Le sionisme et la question juive
Nous l’avons écrit ci-dessus, l’assimilation de l’État sioniste aux Juifs est un mensonge organisé mais aussi une diversion. Même quand certains expliquent que les Européens se sont débrouillés pour faire payer aux Palestiniens les horreurs commises en Europe contre les Juifs, même involontairement, ils entrent dans le piège tendu.
Les sionistes se sont servis de l’Holocauste des juifs, mais ils n’ont rien à voir avec. Les fondateurs de l’État sioniste étaient en Palestine depuis les années 1920 et même 1900. Pour autant, cette diversion et ces mensonges sont énormément présents dans le débat officiel et même dans les conversations autour des initiatives de soutien au peuple palestinien. C’est pourquoi il est important, une nouvelle fois, de préciser les choses.
Les fondateurs du sionisme considéraient l’antisémitisme inéluctable et la solution était de séparer les Juifs du reste de l’humanité. Cette théorie de la séparation a affirmé, il y a 130 ans, que Juifs et non-Juifs ne pouvaient pas vivre ensemble, ni dans le pays d’origine, ni dans l’État juif qu’ils allaient construire. On ne comprend pas l’horreur du génocide en cours à Gaza si on ne comprend pas cette idée de séparation. Penser que la solution à une oppression et une discrimination est la création d’un État ethniquement pur est une théorie meurtrière.
Lorsque le sionisme apparaît dans la bourgeoisie juive viennoise, il est très minoritaire. Les Juifs occidentaux demandent l’égalité des droits. Les religieux attendent le Messie et, tant qu’il n’est pas arrivé, il est interdit d’aller en Terre Sainte. De nombreux Juifs, afin de combattre les pogromistes, ont abandonné la religion et on retrouvera des Juifs dans tous les mouvements progressistes et révolutionnaires. Il y aura même un parti révolutionnaire juif athée, le Bund, qui prônait « l’autonomie culturelle », c’est-à-dire l’égalité des droits sans territoire. Le Bund sera majoritaire chez les Juifs de Pologne et de Lituanie jusqu’en 1939.
Le sionisme a imité tous les nationalismes européens de la fin du XIXème. Ces nationalismes rêvaient d’États ethniquement purs et étaient antisémites. Mais le nationalisme sioniste a inventé le peuple, la langue et la terre. Il n’existe pas de « peuple juif », c’est une notion religieuse. Dire qu’un Juif yéménite et un Juif lituanien appartiennent au même peuple, c’est une construction idéologique. Les Juifs laïques comme les Juifs religieux se sentaient juifs là où ils vivaient, ils n’avaient aucune aspiration à partir en Palestine. Le judaïsme n’a pas été « territorialiste » pendant 2000 ans. Il existait des langues juives : le judéo-espagnol (ou ladino), le judéo-arabe, le yiddish …. Mais l’hébreu était interdit comme langue profane, c’était la langue de la synagogue.
Le sionisme a inventé un roman national meurtrier. Les fondateurs du sionisme étaient athées ou agnostiques. Ils ont utilisé une Bible à laquelle ils ne croyaient pas comme un livre de conquête coloniale, comme un cadastre. On sait aujourd’hui que les Hébreux étaient un peuple autochtone. Il n’y a pas eu de « conquête de Canaan » et probablement pas de « royaume unifié de David et Salomon ». Les Juifs d’aujourd’hui sont pour la plupart des descendants de convertis de différentes époques et de différentes régions. Et les descendants des Judéens de l’Antiquité sont essentiellement les Palestiniens. La théorie de « l’exil et du retour » a été inventée pour « justifier » une conquête coloniale.
Enfin dans l’entité sioniste, l’éducation a pour but de façonner un « homme nouveau ». Au jardin d’enfants, les petits fabriquent des tanks avec du papier toilette et des buvards. Dès l’école primaire, ils écrivent aux soldats. Et au collège, on leur explique que tout le monde veut tuer les Juifs et que, s’ils ne se défendent pas, ils vont être « jetés à la mer ». Résultat : une société juive israélienne raciste, même en son sein, militariste et fanatisée.
 
En conclusion
Rappelons ici l’essentiel des positions du Parti Révolutionnaire Communistes.
Le Parti Révolutionnaire Communistes soutient plus que jamais les revendications fondamentales du mouvement de libération nationale palestinien : fin intégrale de l'agression militaire sioniste, droit au retour des réfugiés et formation d'un État palestinien sur le territoire de la Palestine mandataire.
L’État colonial sioniste tombera. On ne peut dire quand, mais il tombera. C’est le sens de l’histoire.
Nous avons plus que jamais besoin de construire un rassemblement de toutes celles et tous ceux qui soutiennent la libération nationale de la Palestine et sa Résistance armée, pour apporter notre contribution militante, en France contre nos capitalistes et leurs tenants, à « la Palestine libre du fleuve à la mer ».
[1] Georges Abdallah utilise la formulation « colonialisme de peuplement » qui est synonyme de notre « colonialisme de substitution ».