Gantry 5

 

N° 950 06/11/2025  Réunion des organisations palestiniennes au Caire
Le 24 octobre dernier, plusieurs organisations palestiniennes se sont réunies au Caire. Le Hamas, le Jihad islamique palestinien, le Front démocratique de libération de la Palestine (FDLP), le Front populaire de libération de la Palestine – Commandement général (FPLP-CG, basé en Syrie), l’Initiative nationale palestinienne (Ramallah, animée par Mustapha Barghouti), le Courant réformiste démocratique au sein du Fatah (mouvement de Mohammad Dahlan, dirigeant dissident du Fatah exilé au Qatar) et les Comités de Résistance populaire (Gaza) ont participé à cette réunion.
La Résistance unie y a réaffirmé la nécessité de « la mise en œuvre des dispositions de l’accord de cessez-le-feu, notamment le retrait des forces d’occupation de la bande de Gaza, la levée totale du siège imposé à celle-ci, l’ouverture de tous les points de passage, y compris celui de Rafah, l’entrée de tous les produits et besoins humanitaires et médicaux, ainsi que le lancement d’un processus global de reconstruction permettant de rétablir une vie normale dans la bande de Gaza et de mettre fin aux souffrances des citoyens. ».
Ils ont réitéré leur position sur la gouvernance provisoire à Gaza, il s’agit bien de confier l’administration de la bande de Gaza à un comité palestinien temporaire composé de technocrates indépendants issus de la bande. « Ce comité sera chargé de gérer les affaires courantes et les services essentiels », précise le communiqué final qui souligne également « l’importance d’obtenir une résolution des Nations unies concernant la formation de forces onusiennes temporaires chargées de surveiller le cessez-le-feu. ».
Les organisations présentes ont redit que les armes ne seraient rendues qu’à un gouvernement palestinien légitime.
Elles ont également appelé à poursuivre le travail conjoint visant à unifier les visions et les positions « pour relever les défis auxquels la cause palestinienne est confrontée. » Cela inclut l’appel à une réunion urgente de toutes les forces et organisations palestiniennes afin de convenir d’une stratégie nationale commune et d’activer l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), seul représentant légitime du peuple palestinien, « de manière à y inclure toutes les composantes et forces actives de notre peuple. ».
Les participants ont conclu leur dialogue en soulignant que le temps est compté (littéralement : « le temps est fait de sang ») et que le moment actuel est décisif. Ils ont affirmé au peuple palestinien leur « engagement à faire de cette réunion un véritable tournant vers l’unité nationale, pour la défense de notre peuple et de son droit à la vie, à la dignité et à la liberté ; à préserver la confiance en la cause palestinienne, garantir les droits des générations futures, leur droit à l’autodétermination et à la création de leur État indépendant avec Al-Quds pour capitale, d’une manière qui assure le droit au retour des réfugiés palestiniens. ».
Khalil al-Hayya, qui dirige la délégation du Hamas aux négociations était présent lors de la réunion. Interrogé ensuite par Al-Jazeera sur le « déluge d’Al-Aqsa », il a eu cette réponse : « Le 7 octobre est la conséquence directe de 77 années d’occupation. Par conséquent, je dis que [l’attaque], malgré toute la douleur de notre peuple, des martyrs et des prisonniers, a fait passer la question palestinienne à un autre niveau en donnant à voir ce qu’était vraiment l’occupation. »
 
L’État colonial sioniste révélé dans toute son horreur
Des événements récents viennent comme en écho à ces paroles. En 2024 des soldats de l’armée d’occupation avaient torturé et violé longuement un captif palestinien dans la prison de SdeTeiman. Une vidéo de leurs exactions avait été réalisée au moyen des caméras de sécurité. Cette vidéo a été diffusée récemment et une enquête a été ouverte par les autorités policières de l’État colonial génocidaire, non pas sur le viol afin d’en punir les coupables, mais sur la fuite de la vidéo afin de trouver qui en était responsable. Il s’est avéré que la procureure générale de l’armée, Yifat Tomer-Yeroushalmi a organisé ou laissé faire cette fuite. Sous la pression, elle a démissionné puis a été arrêtée et incarcérée. TV5 monde, un des deux seuls media qui évoquent la chose en France (avec RFI), nous dit : « Elle est accusée d’avoir fait fuiter une vidéo montrant des soldats israéliens en train de torturer et violer un prisonnier palestinien. ». Seul commentaire de la chaîne, un rappel du fait que des ONG dénoncent depuis longtemps la pratique de la torture dans les prisons de l’État sioniste, que le gouvernement ignore systématiquement ces critiques, et l’on passe au sujet suivant. Ces événements devraient tourner en boucle dans nos media, mais il n’en est rien.
En revanche, les media sionistes ont diffusé une réaction d’un des monstres psychopathes auteurs du viol collectif. Il commence par dire : « Il s'agit de trahison envers tout Israël, une trahison envers les soldats de Tsahal. Quelle méchanceté et quelle cruauté de commettre un tel acte ! ». Et, ce n’est pas fini. Il continue en se lamentant sur son propre sort : « Ce n’est pas elle la victime, les victimes sont mes amis qui souffrent d’anxiété.[…]Je suis exposé comme agresseur devant tout le monde arabe. Nous avons subi des dégâts, qu’elle ne joue pas la victime. ». Cela dit l’inhumanité totale de ce « modèle de la démocratie au Moyen Orient » où dénoncer un viol est cruel et où les auteurs paradent dans les media en assumant leurs actes ignobles.
Quant à Netanyahu, il a déclaré à ce sujet : « L’incident de SdeTeiman a porté un préjudice immense à l’image de l’État d’Israël et de Tsahal, à nos soldats. Il s’agit peut-être de l’attaque la plus grave en matière de relations publiques qu’ait subi l’État d’Israël depuis sa création. Je n’en ai jamais vu d’aussi intense. Cela exige une enquête indépendante et impartiale et j’exige qu’elle soit menée. ».
Cela montre, s’il le fallait, la réalité du sionisme. Leur point de vue est de défendre mordicus leur construction coloniale au service de l’impérialisme occidental. Ils savent par ailleurs qu’ils ont perdu la bataille de la popularité, les peuples du monde savent désormais à quoi s’en tenir. La pratique de la torture est régulière dans les geôles sionistes, c’est un fait connu, la seule préoccupation des dirigeants de l’État colonial génocidaire est, comme pour le génocide à Gaza, que ces faits ne soient pas documentés. Netanyahu a raison sur l’importance de cette divulgation et la nuisance pour l’entité sioniste. La meilleure preuve est que la plupart de nos media, inféodés à l’idéologie dominante, donc à l’impérialisme occidental, donc à son prolongement sioniste, n’en parlent pas.
En France, c’est la répression encore et toujours.
Le 5 novembre, à 6h 00, la Police nationale a perquisitionné le domicile familial d’Omar Alsoumi, Palestinen en exil et un des porte-paroles d'Urgence Palestine. Il a été placé en garde à vue au commissariat de Meaux pour apologie du terrorisme. Il y est détenu depuis, sa garde à vue ayant été prolongée le 6. Cette arrestation à l’aube devant sa femme et ses enfants s’ajoute à plus de 6 mois de gel des avoirs, une décision administrative arbitraire qui met sa famille en situation de précarité.
L’État bourgeois français s’en tient une fois de plus à sa ligne impérialiste de soutien à l’État colonial sioniste. Cette attaque intervient alors que le génocide et la colonisation se poursuivent à Gaza et en Cisjordanie, avec l’armement de la France et des puissances occidentales. Cette arrestation s’inscrit dans une offensive répressive globale pour faire taire la résistance palestinienne et l’expression de notre solidarité avec la lutte du peuple palestinien pour sa libération. Cet acharnement survient alors que des soldats franco-israéliens de l’armée génocidaire sont de retour en France sans être inquiétés par les autorités. Alors qu’ils ont échoué à dissoudre Urgence Palestine grâce à la solidarité massive et populaire, c’est aux militants que la répression s’en prend.
Omar Alsoumi est un Palestinien en exil. Il défend comme d’autres la libération de sa terre et la fin de l’oppression de son peuple. Omar Alsoumi organise avec d’autres Urgence Palestine. Le génocide là-bas tout comme la répression et l’impunité ici doivent être stoppés.
Ce n’est pas un hasard si, de plus en plus, les cibles de la répression sont celles et ceux qui soutiennent non pas « une paix juste et durable », mais la libération nationale de la Palestine, autant dire les militants anticolonialistes et anti-impérialistes. Urgence Palestine est de ceux-là. Comme nous l’avons déjà écrit, l’émotion face aux massacres est permise, la critique de « Netanyahu d’extrême-droite » est tolérée, mais les positions anticoloniales de soutien à la libération nationale, celles qui considèrent les Palestiniens, non comme des victimes, mais comme un peuple qui construit sa libération, celles-là sont interdites.
 
En conclusion
Cette répression indique bien que le chemin juste est celui d’une position anticolonialiste, anti-impérialiste, de soutien à la libération nationale, qui prenne en compte la réalité de la situation : la cause que nous défendons est en train de gagner.
Le peuple palestinien ne peut compter que sur lui-même, sa Résistance, et l'immense solidarité internationale. L'Etat colonial sioniste est désormais au ban des nations. Il a pour le moment échoué à terminer le génocide et à vaincre la Résistance armée. La solidarité internationale doit maintenant se poursuivre et s'amplifier. Soyons bien convaincus que si l'impérialisme doit reculer en Palestine, ce sera un atout de plus pour le faire reculer en France et partout ailleurs !
Afin d’aider à la libération nationale de la Palestine, il faut, plus que jamais, des actions et un discours clair, anticolonialiste, anti-impérialiste, antisioniste, dénonçant les acteurs, les complices de la colonisation de substitution mise en œuvre en Palestine. Il est impossible de soutenir la lutte pour une Palestine libre sans soutenir la Résistance armée, dans toutes ses composantes et dans toutes ses actions, sans réclamer la fin de l’entité coloniale d’apartheid, car son existence empêche une véritable paix.
 
Nous avons plus que jamais besoin de construire un rassemblement de toutes celles et tous ceux qui soutiennent la libération nationale de la Palestine et sa Résistance armée, pour apporter notre contribution militante, en France contre nos capitalistes et leurs tenants, à « la Palestine libre du fleuve à la mer ».