Gantry 5

 

N°939 20/08/2025  Georges Abdallah a été récemment interviewé par le mediaen ligne Palestine Chronicle, chez lui, à Kobayat. Sa contribution est, du point de vue du Parti Révolutionnaire Communistes, essentielle aux Communistes et à tous ceux qui veulent se faire une idée de la situation coloniale en Palestine et des perspectives de libération nationale. Nous détaillerons le fil de sa pensée, en particulier sur la question du projet national palestinien, en donnant de larges extraits de cette rencontre[1].
S’il indique que l’opération « Déluge d’Al-Aqsa » a joué un rôle « pour clarifier certains aspects et corriger certaines déviations », il ajoute : « sans résoudre la crise du projet national palestinien, nous resterons dans l’impasse ».
 
L’enjeu de la lutte anti impérialiste
Il rappelle quelques fondamentaux nécessaire à la compréhension des enjeux et précise que l’enjeu n’est pas seulement la lutte de libération nationale contre l’État colonial sioniste, parce que ce dernier est un maillon de la chaîne impérialiste occidentale.
« Israël est une extension organique de l’impérialisme occidental. Israël n’est pas une colonie ou une simple colonie de peuplement. C’est une extension organique de cet Occident impérialiste. Par conséquent, pour affronter cet Occident impérialiste, il faut affronter la crise du système capitaliste dans sa forme impérialiste. Ceux qui s’opposent à cette extension organique doivent se situer sur un terrain hostile au capitalisme. Par conséquent, les dirigeants de la Bourgeoisie palestinienne, sous ses différentes formes, islamique, nationaliste, semi-nationaliste, orientée vers l’État, etc. sont confrontés à un problème à cet égard. Et la gauche palestinienne se trouve dans une situation très embarrassante, n’ayant jusqu’à présent pas réussi à construire une unité nationale pour affronter ce prolongement organique, et n’ayant pas réussi à affirmer l’unité nationale. ».
L’évolution des populations arabes vis-à-vis de la révolution palestinienne
Georges Abdallah, comme il l’a déjà fait plusieurs fois, pointe les responsabilités des gouvernants, mais aussi des populations arabes dans la dégradation de la situation : « La rue arabe a également une responsabilité. Et ceux qui sont chargés du projet national doivent se poser la question suivante : pourquoi cet abandon de la part de la rue arabe ?
Les dirigeants palestiniens[2] ne sont pas étrangers à cet abandon. Alors que l’Egypte et les Emirats arabes unis jouent le rôle de médiateurs, comment pouvons-nous attendre des masses égyptiennes qu’elles s’excusent de ne pas être en première ligne de la lutte ? Il s’agit d’une crise considérable. La valeur de la révolution palestinienne réside dans son rôle de levier de la révolution arabe. Elle est le levier historique de la révolution arabe.Mais ellene joue plus son rôle pour plusieurs raisons. Les dirigeants palestiniens doivent expliquer pourquoi ils ont abandonné ce rôle. Je vois le Qatar qui héberge la principale base de l’impérialisme états-unien comme un médiateur. La question est : un médiateur entre qui et qui ? Je vois également l’Egypte, avec une population de 120 millions d’arabes, comme médiateur. La même question se pose également à l’Egypte. […] Les régimes arabes ne sont pas des agents passifs. Ils participent en fait au génocide en cours, cela ne fait aucun doute. Je constate qu’aucune personne n’a été tuée en Egypte lors d’une manifestation, tout simplement parce qu’il n’y a pas eu de manifestation. ». Et d’ajouter, plus loin : « La trahison est présente dans tout le monde arabe ; une manifestation au Yémen ou dans d’autres villes arabes ne suffit pas. Où est la Jordanie ? Où sont les 60 % de la population d’Amman qui sont d’origine palestinienne ? Tout cela s’inscrit certainement dans la crise du projet national, car ces forces sont responsables de l’action nationale. L’action nationale palestinienne vise soit à élever la Palestine au rang de levier révolutionnaire pour toute la nation arabe, soit à être le bouclier de ces régimes. ».
 
La nature de la crise du projet national palestinien
Là encore, Georges Abdallah revient à l’essentiel sur le rôle fondamental de la révolution palestinienne et son évolution. Il pointe les raisons et la genèse de la crise, et commence par tout ce dont les dirigeants de la Résistance ont à se préoccuper : « Tout le monde est concerné, mais les véritables dirigeants de la révolution palestinienne sont les mieux placés pour répondre à un certain nombre de questions. Ils doivent apporter des réponses à la crise de ce projet national, à la crise d’Oslo, à la crise de l’Autorité Palestinienne, à la crise de la division entre le Fatah et le Hamas, à la crise de la dispersion des forces palestiniennes, à la crise du retrait de toute une série d’organisations, qui ont été transformées en noms sans titres, à la crise de la mère de la révolution palestinienne, le Fatah. ».
Il insiste sur la responsabilité des dirigeants de l’Autorité Palestinienne: « Il est inacceptable qu’il y ait environ 60 000 combattants à plein temps au sein de l’Autorité Palestinienne dont la tâche se limite à la coordination sécuritaire avec Israël. Et quand nous parlons d’unité nationale, de quelle unité parlons-nous ? Une unité dans laquelle 60 000 combattants pourchassent les Fedayin et les livrent à Israël, contre ceux qui voient leurs enfants mourir de faim et continuent à brandir le drapeau. Nous connaissons tous les dangers d’une guerre civile, mais le dilemme du projet national demeure. ».
Enfin, il évoque la dualité du Fatah : « N'oublions pas que 50 % des prisonniers de la révolution palestinienne dans les geôles israéliennes sont membres du Fatah, mais c’est aussi le Fatah qui a négocié les Accords d’Oslo et c’est lui qui a provoqué la crise du projet national. […] Comment expliquer ces 50 % de prisonniers membre du Fatah, détenus par Israël, alors que 60 000 combattants du Fatah sont mercenaires sous le commandement d’Abbas, président de l’Autorité Palestinienne, et d’autres ? Cela incarne la crise du projet national. ».
 
L’entité sioniste est en difficulté
Georges Abdallah fait part de son jugement sur les perspectives de l’État colonial sioniste. « Le « Déluge d’Al-Aqsa » a marqué un tournant dans l’affaire du conflit avec Israël, mais elle impose également d’énormes responsabilité à chacun. L’ennemi est bien conscient qu’il en est désormais au dernier chapitre de son existence ; il ne s’agit pas d’un simple revers militaire. […] A Gaza, il y a des héros, il n’y a personne, sur cette planète, qui ressemble aux habitants de Gaza. Gaza a été frappée trois fois plus que Hiroshima. 17 000 tonnes d’explosifs ont été larguées sur Gaza, alors que Dresde, en Allemagne, a été frappée par 5 000tonnes. Gaza n’a pas capitulé, contrairement à Dresde. […] Les masses populaires du monde entier, partout sur la planète soutiennent Gaza. […] Lorsque 30 à 35 % des jeunes juifs états-uniens brandissent le keffieh palestinien et le drapeau palestinien, et déclarent que cette entité sioniste est l’ennemie des juifs et de la Palestine, qu’est-ce que cela signifie ? Cela signifie que le compte à rebours de l’existence d’Israël a commencé. ».
Comme tous les militants révolutionnaires, Georges Abdallah ne s’en tient pas à la cause humanitaire. Il voit bien les Palestiniens non comme des victimes à plaindre mais comme un peuple qui construit sa lutte de libération nationale. Et, pour répondre, en quelque sorte, au défaitisme de celles et ceux qui pensent que tout est foutu, il termine par un hommage vibrant à la Résistance du peuple palestinien.
 
Une Résistance toujours présente et forte
Il commence par ce simple résumé des choses : « Néanmoins, la Résistance est toujours aussi forte. Les masses de notre peuple continuent à affronter l’ennemi sioniste avec une efficacité remarquable, même si les enfants de Gaza sont émaciés et ont désespérément besoin d’un verre de lait. Cependant, Gaza ne lèvera pas le drapeau blanc, et c’est là une question très importante. ».
Plus loin dans l’interview, il détaille les raisons de sa confiance en la Résistance : « Le génocide à Gaza ne continuera pas. Le génocide échouera, et Gaza et la Cisjordanie triompheront alors qu’Israël assistera au dernier chapitre de son existence, et ce n’est pas un discours poétique. […] Nous devons comprendre qu’Israël n’a jamais connu ce qu’il traverse actuellement ; c’est pourquoi il va utiliser tout son arsenal barbare contre nous. Cela se traduira par une intensification maximale de sa machine à tuer. Israël va déverser toute sa barbarie inexploitée sur nos masses dans les jours, les semaines et les mois à venir. […] Lorsqu’un leader comme Yahya Sinwar tombe en martyr et non en fugitif dans un refuge au Qatar ou ailleurs, sa résistance est vouée à triompher. La résistance de notre peuple triomphera. Elle triomphera grâce à des hommes comme Sinwar qui n’ont ni fui ni recherché la « paix ». Ces leaders et leur résistance ne peuvent être vaincus. Notre peuple en est conscient et ne brandira pas le drapeau blanc, ni à Gaza ni ailleurs. En conséquence, la responsabilité des dirigeants actuels est immense pour trouver des solutions à la crise nationale. Ces solutions viendront inévitablement, même si nous regrettons certainement qu’elles soient retardées, car le coût humain est immense. ».
 
En Conclusion
Le Parti Révolutionnaire Communistes est, depuis le début, engagé dans toutes les luttes de solidarité avec la Résistance palestinienne.  Chaque semaine, il rend compte de l’abject génocide de la population Palestinienne au nom « du droit à l’existence de l’entité sioniste ».
Nous sommes engagés avec Georges Abdallah, et nous ne nous arrogeons pas le droit de dire aux Résistants palestiniens ce qu’ils doivent faire. Mais nous portons une position politique. Nous partageons les déclarations de Georges Abdallah sur l’indispensable lutte anti-impérialiste, sur le rôle historique de la révolution palestinienne et la force de la Résistance, de même que sur le rôle joué par l’opération « Déluge d’Al-Aqsa ». Concernant le projet national palestinien, nous soutenons cette phrase du communiqué du comité central du Parti Communiste Palestinien[3] : « Le Comité central appelle toutes les factions d'action nationale opposées aux accords d'Oslo et à l'occupation à s'unir au sein d'un front de résistance nationale pour faire face aux conspirations visant à liquider notre cause, en intensifiant la lutte sous toutes ses formes jusqu'à la libération totale. ».
Nous exprimons notre entier accord avec cet autre passage du communiqué : « Le Parti communiste palestinien affirme que toute solution politique qui ne repose pas sur la fin totale de l'occupation, l'établissement d'un État palestinien démocratique indépendant sur tout le territoire national avec Jérusalem comme capitale et le plein droit au retour des réfugiés, est une solution liquidationniste qui est rejetée. Le Parti considère la lutte de libération nationale comme une partie de la lutte mondiale contre l'impérialisme, le sionisme et la réaction, et affirme que la victoire de notre peuple nécessite l'unité de la lutte palestinienne, arabe et internationale. ».
Palestine vivra ! Palestine vaincra !
 
[1] L’interview intégrale, traduite en français, a été publiée en ligne le 15 août dernier par le journal La Cause du Peuple https://www.causedupeuple.net/2025/08/15/chronique-de-palestine-interview-exclusive-de-georges-abdallah-pas-de-paradis-sans-gaza/
[2] Georges Abdallah fait ici allusion aux dirigeants du Fatah et de l’Autorité Palestinienne.