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N° 937 04/08/2025  David Grossman : un remord tardif qui cache mal une volonté de « sauver les meubles »
Dans une interview au quotidien italien La Repubblica, l’écrivain de l’entité sioniste David Grossman, que Libération présente comme « une des plus grands écrivains israéliens » affirme avoir le devoir de « constater ce qu’il se passe sous [ses] yeux, avec une douleur immense et le cœur brisé » S’il considère que le terme de génocide est « avalancheux », car, « une fois prononcé, il ne fait que croître comme une avalanche, et il apporte plus de destruction et de souffrance », il dit tout de même : « Je veux parler comme une personne qui a fait tout ce qu’elle pouvait pour ne pas en arriver à qualifier Israël d’État génocidaire ».
On pourrait se réjouir de cette prise de conscience, même tardive. Mais la suite est éclairante de ce que peut dire et ne pas dire un militant de la gauche sioniste, ce qu’est David Grossman.
Son explication est simple : « la malédiction d’Israël trouve son origine dans l’occupation des territoires palestiniens en 1967 […] Nous sommes devenus très forts militairement et nous sommes tombés dans la tentation générée par notre pouvoir absolu et l’idée que nous pouvons tout faire […] L’occupation nous a corrompus ».
Or, le problème ne date pas de 1967, l’État colonial sioniste, par son existence même est responsable de la colonisation de substitution qui, étant donnée la résistance opiniâtre des Palestiniens, a mené au génocide. Ce qui explique ce qui se passe à Gaza depuis près de deux ans, c’est le projet sioniste des Herzl et Ben Gourion : coloniser une terre et en chasser les habitants par tous les moyens, y compris la mort organisée.
La prise de position de David Grossman doit apparaître pour ce qu’elle est : une tentative de conjurer ce qu’au fond chacun commence à ressentir : le projet sioniste est aujourd’hui en crise et historiquement condamné. On trouve derrière cette prise de conscience beaucoup d’initiatives, à commencer par celle un peu ridicule de cette pétition incantatoire publiée dans le Monde appelant à la libération de Marwan Barghouti le dirigeant politique palestinien enfermé depuis plus de 20 ans, pour lui voir jouer le rôle d’un improbable Mandela. D'abord, les fanatiques qui dirigent une entité sioniste devenue paria, ne veulent ni de la paix, ni bien sûr d’un État palestinien ; ensuite, moins que jamais il n’y aura de sauveur suprême. La Résistance armée palestinienne est la seule et unique garantie de pouvoir enfin parvenir à la libération nationale de la Palestine. Grossman et la « gauche » en France, sioniste ou pas, veulent conjurer cette évolution inéluctable : l’entité sioniste est au bout du rouleau, elle tombera. Tous les soldats de la « solution à deux États » et du désarmement de la Résistance sortent du bois pour essayer de sauver ce qui peut l’être.
On le voit bien avec un autre extrait des paroles de David Grossman. Il prône bien sûr une solution à deux États, avec un véritable État palestinien indépendant, mais l’assortit de conditions. Cette reconnaissance doit être : « soumise à des conditions très précises […] Pas d’armes […] des garanties d’élections transparentes ». Chassez le colonisateur sioniste, il revient au galop. Une preuve de plus que l’entité sioniste n’est rien d’autre qu’un prolongement organique de l’impérialisme occidental. Comme les tenants de « l’Occident », Grossman entend dicter aux peuples ce qu’ils doivent faire, parce qu’il représente la « démocratie » et qu’il sait ce qui est bon pour les autres.
 
Georges Abdallah : une interview qui donne le ton
Georges Abdallah a été interviewé le 31 juillet par le media iranien arabophone Al-Alam. Nous retenons deux points de ce long entretien qui en comporte bien d’autres[1].
D’abord, il est intéressant de noter son analyse sur l’impérialisme occidental, et spécialement français. Interrogé sur la légende qui fait de la France le pays des libertés et des droits de l’Homme, il a cette réponse : « C’est ce que dit la propagande française. Elle se prétend le berceau des droits de l’homme. Chacun peut faire sa propre propagande, mais cela n’a aucun rapport avec la réalité. Le militant arabe dans les prisons européennes, le militant du Levant dans les prisons européennes, et pas seulement en France, n’est libéré que lorsque son maintien en détention devient plus coûteux que sa libération. Lorsque la France a estimé que libérer Georges Abdallah était la meilleure façon de diminuer le mouvement de soutien à la Palestine, elle a décidé de me libérer. ».
Il poursuit en décrivant les éléments du rapport de force qui ont permis sa libération : « La solidarité avec le militant, que ce soit en France ou ailleurs, ne réussit pas en le mettant au frigo. Elle réussit quand ses camarades dehors, solidaires, parviennent à inscrire leur solidarité dans une lutte active contre les forces impérialistes à l’œuvre, pas dans des luttes fictives. Autrement dit, lorsque le manifestant qui réclame la libération de Georges Abdallah le fait comme moyen de condamner la guerre d’extermination, comme moyen de condamner les guerres d’agression contre le Liban, contre l’Iran, contre l’Irak, etc. ».
Lorsque la journaliste lui demande s’il a été libéré parce que son nom était associé à la libération de la Palestine, il répond : « C’est la principale raison. C’est cela, et ce n’est pas moi qui le dis, c’est ce que dit le jugement lui-même. […] Le jugement rendu comportait des justifications. La première : la présence de Georges Abdallah en prison provoque des troubles internes, et sa libération serait moins dangereuse que son maintien en détention. Telle est la première raison, et elle est significative. Elle réduit à néant tous les discours sur la liberté, la séparation des pouvoirs entre l’exécutif et le judiciaire. ».
Pour toutes celles et tous ceux qui soutiennent la lutte de libération nationale de la Palestine, ces éléments sont essentiels. Ils le sont parce que, depuis près de deux ans où le génocide est perpétré, la libération de Georges est la première et l’unique victoire obtenu par les anticolonialistes concernant la Palestine. Or, elle a été possible parce que l’orientation politique portée par la Campagne unitaire, qui a coordonné la bataille, et d’autres organisations parties prenantes, comme notre parti reposait sur le combat sans merci contre l’État colonial sioniste, le projet colonialiste sioniste et sa réalisation, c’est-à-dire, une vraie dénonciation de la colonisation et la revendication de sa fin. Nous l’avons écrit, pour le Parti Révolutionnaire Communistes, la fin de la colonisation nécessite la fin de l’État colonial sioniste, et le soutien total à la Résistance palestinienne, y compris dans sa forme armée.
C’est le second sujet sur lequel nous nous sommes intéressés aux propos de Georges Abdallah : ce que la Résistance, sous toutes ses formes a permis depuis 76 ans et plus de colonisation. Voici tout d’abord ce que dit Georges Abdallah sur la situation en Palestine : « La guerre d’extermination est un échec. Elle représente le dernier chapitre de l’histoire de la colonisation soutenue par l’Occident impérialiste. Israël, c’est quoi ? C’est une extension organique de l’Occident impérialiste. Aujourd’hui, malgré son impérialisme, la jeunesse de l’Occident impérialiste se lève et dit : "Nous n’avons rien à voir avec eux.". Même les Juifs des États-Unis disent : "Ceux-là ne sont pas des nôtres, nous ne sommes pas des leurs". Autrement dit, ceux qui nous présentaient naguère Israël comme une oasis de démocratie n’ignoraient pas ses crimes, mais ils espéraient qu’ils réussiraient, par leurs crimes, à exterminer les peuples de cette région, du Moyen-Orient en général, et de Palestine en particulier. […] Dès la fin du XIXe siècle, la colonisation a commencé sous l’égide des Britanniques. Le nombre de Palestiniens vivant en Palestine et en dehors de la Palestine est resté constant. Autrement dit, le peuple palestinien compte aujourd’hui 15 millions de personnes, malgré une guerre d’extermination commencée il y a un siècle. Nous pouvons affirmer que cette guerre d’extermination a échoué lamentablement. C’est donc le dernier chapitre de l’histoire de cette entité tyrannique. ».
Ce que dit notre camarade Georges Abdallah est clair. La guerre d’extermination est un échec pour les colonialistes sionistes et leurs soutiens impérialistes occidentaux, dont la France. La disparition de l’État colonial sioniste, aujourd’hui critiqué, dénoncé, combattu, voué aux gémonies par les peuples et les travailleurs du monde, totalement discrédité à leurs yeux désormais grands ouverts, n’est qu’une question de temps. Mais elle est inéluctable.
 
En conclusion
Pour permettre d’autres victoires, pour aider efficacement à la libération nationale de la Palestine, le mouvement de solidarité, en France, ne doit pas en rester à une posture humanitaire. Et il doit rejeter les billevesées sur le « droit international » ou la « solution à deux États ». Nous avons besoin que le soutien à la lutte de libération nationale palestinienne, qui a bien grandi depuis des mois, notamment grâce à la lutte pour la libération de Georges Abdallah, s’étoffe encore. Nous avons besoin de porter haut l’idée que l’État colonial sioniste doit disparaître, ce d’autant plus qu’il est en mauvaise posture.
C’est autour de la personnalité, du symbole militant que représente Georges Abdallah que notre victoire s’est construite et que le mouvement pour la libération nationale de la Palestine s’est amplifié et affermi. Pour le Parti Révolutionnaire Communistes, la « Campagne unitaire » doit perdurer et se fixer l’objectif de devenir le lieu du rassemblement de toutes celles et tous ceux qui soutiennent la libération nationale de la Palestine et sa Résistance armée, pour apporter notre contribution militante, en France contre nos capitalistes et leurs tenants, à « la Palestine libre du fleuve à la mer ».
[1] Voir l’interview intégrale sur le blog d’Alain Marshal : https://blogs.mediapart.fr/alain-marshal/blog/040825/georges-ibrahim-abdallah-la-disparition-disrael-est-ineluctable. Notons quand même que dans la présentation qu’Al-Alam fait de Georges Abdallah, il n’est pas mentionné qu’il est communiste.