N°912 12:02:2025 Ce que nous disent les dernières déclarations de Trump
Mise à jour
Donald Trump s’est encore fendu de plusieurs déclarations tonitruantes sur la Palestine annonçant la suite de son programme : le non-retour d’hypothétiques réfugiés gazaouis et l’enfer si les otages… Comme si l’enfer, ce n’était déjà pas la situation de Gaza.
Il se pose ainsi, définitivement, en chef de ce que ses tenants appelaient, du temps des pays socialistes, le monde libre et que l’on ne peut qualifier que de bloc impérialiste occidental. Et il piétine à chaque sortie un peu plus, le soi-disant droit international auquel lui ne fait jamais référence, mais dont ses adversaires (Trump n’a pas d’ennemis parmi les dirigeants impérialistes occidentaux) font l’alpha et l’oméga de la « démocratie », adversaires curieusement de plus en plus modérés, voire silencieux à chaque nouvelle annonce du locataire de la Maison Blanche.
Nous l’avons déjà écrit, le projet que révèle Trump à la face du monde n’a rien de nouveau, c’est le projet sioniste depuis au moins le début du XXème siècle. Simplement, il est dit haut et fort, ce qui n’était pas le cas auparavant, sauf de la part des dirigeants fascistes comme Smotrich ou Ben Gvir. Il est essentiel de le redire quand, dans nos media, certains « journalistes », comme Gilles Bouleau de chez Bouygues (TF1), tentent de faire croire qu’il y a là une nouveauté à laquelle personne n’avait pensé jusqu’alors.
Les Palestiniens ne sont pas des moutons
Il faut le redire. Trump peut bien parler, France-Info peut bien débattre de la faisabilité technique de son « projet », Netanyahu peut bien charger son armée de préparer « l’évacuation des volontaires », rien, absolument rien n’est acquis. Au contraire les déclarations du chef de la soi-disant communauté internationale ne font qu’augmenter les ressentiments des peuples contre l’impérialisme occidental et la détermination des Palestiniens à rester chez eux, à défendre leur terre et leur histoire, fût-ce au prix de leur vie.
Comme en 1948 au moment du partage illégitime de la Palestine, les dirigeants du monde occidental prônent un avenir sans jamais consulter les Palestiniens, c’est-à-dire les principaux intéressés. Les Palestiniens de Gaza n’ont pas plus peur de Trump que des sionistes, ils savent que la trêve est précaire, que la guerre peut reprendre à tout moment, et nombre de jeunes rejoignent la Résistance armée.
Le rapport de force dans le monde
Les travailleurs et les peuples du monde ne sont pas en reste. Les démonstrations de solidarité continuent de plus belle, notamment dans le monde occidental, mais aussi en Amérique latine, au Maroc, ou, plus récemment, en Inde et au Pakistan.
Au sein du monde impérialiste occidental, la force des mouvements est le plus souvent liée à la présence active de syndicalistes, notamment de syndicalistes de classe. C’est particulièrement vrai en Grande Bretagne ou en Italie, en Norvège, en Suède ou en Grèce, où le mouvement syndical s’implique beaucoup, même si les directions centrales, quand elles sont sociales-démocrates, regardent ailleurs. Un des aspects de la bataille en France est l’absence de toutes les directions confédérales de ces mouvements de solidarité. En-dehors de quelques déclarations tous les 36 du mois, la CGT brille par sa présence réduite dans les rassemblements de solidarité avec la Palestine ou ceux pour libérer Georges Abdallah. Et même les sorties de leur bête noire Trump ne suscitent pas de réaction spécifique en termes de mobilisation.
Le sens profond de la démarche de Trump
Il est important de comprendre où Trump veut en venir. Sur la forme d’abord, ses déclarations tous azimuts ne sont pas forcément destinées à être suivies d’effets mais à occuper le terrain en permanence, sujet après sujet. Le rôle idéologique des nouveaux fondés de pouvoir des multinationales US est de faire en sorte d’être à l’origine de tout ce qui se discute dans leur monde, le bloc impérialiste occidental. Force est de constater que, pour le moment, c’est réussi.
Sur le fond, Trump et ses amis ont fait, depuis un moment, le constat de la perte d’influence de l’Occident dans le monde et donc des USA qui sont à sa tête. Leur but, pour se « refaire », est d’organiser les choses d’une manière radicalement différente de la façon dont elles l’étaient avant. Cela passe par reprendre la main, y compris aux dépens de ses alliés qui ne doivent plus servir qu’à « rendre l’Amérique de nouveau grande ». Pour prendre la main, ils se doivent de casser l’ancien système bi-partisan développé depuis la chute de l’Union soviétique. Et cela commence par installer le chaos dans un système vermoulu, vérolé, et complètement corrompu. Même dans ses déclarations de politique internationale, Trump vise un but de politique intérieure.
Ce qui est frappant, c’est que les analyses de ses adversaires, enfin ceux qui s’expriment, dans la sphère occidentale tournent toute autour d’une seule explication : « Trump est un nazi à moitié fou qu’il faut empêcher de nuire ». Ce chaos n’est analysé qu’au regard du dérangement mental prêté à Donald Trump. Rares sont les points de vue visant à rattacher tous les événements qui le parsèment à des éléments tactiques articulés à la réalité de son objectif stratégique. Pour ce qui est de la proposition de nettoyage ethnique de Gaza, évidemment scandaleuse, la gauche, en France et ailleurs, la critique comme telle mais malheureusement sans s’interroger sur l’intérêt pour Trump, avec cette initiative intolérable autant qu’irréalisable, de donner une bouffée d’oxygène à Netanyahu après la défaite israélienne révélée par le cessez-le-feu et après le cessez-le-feu : les Gazaouis sont toujours debout.
Trump et Biden sont les deux faces d’une même pièce
Les réactions outrées, mais
C’est donc à l’aune de cette caractérisation : Trump = fasciste et fou, qu’il faut regarder les réactions médiatiques et politiques en France. Le ministère des affaires étrangères s’est fendu d’un communiqué exprimant son désaccord avec la déportation des Gazaouis, tous les partis de gauche ont fait de même en utilisant leur habituel vocabulaire sur l’extrême droite, terme qui a l’intérêt de lier Trump et Netanyahu, et surtout, nous y reviendrons, de faire oublier les responsabilités de Biden et Macron.
Nous avons un quadruple phénomène : les Macronistes condamnent faiblement, mais ne dénoncent pas, ne font pas appel au droit international ni au Conseil de Sécurité de l’ONU ; les partisans avérés de Trump dans les media et dans le champ politique se taisent sur ses sorties concernant la Palestine ; au contraire, les media censés être anti-Trump évoquent ces déclarations et s’interrogent sur leur caractère nouveau, sa faisabilité, etc. ; et la gauche hurle à l’extrême-droite. C’est ce dernier phénomène que nous allons maintenant tenter d’analyser.
La fixation sur l’extrême-droite
Pour résumer le discours de la gauche, nous choisissons de citer quelques extraits du discours prononcé par Sophie Binet, secrétaire-générale de la CGT, le 6 février dernier, lors du congrès de la FSU, discours dans lequel le rapprochement voulu par les directions sociales-démocrates des deux syndicats n’est finalement que peu abordé, et totalement sous la bannière de la « lutte contre l’extrême-droite ». Sophie Binet ne définit pas ce que c’est que ce concept d’extrême-droite, mais elle évoque une « internationale d’extrême droite, de Trump, Musk, Poutine, Netanyahou et tant d’autres ».
Voilà tous les méchants réunis. En focalisant sur Trump et Netanyahu, on oublie « Genocide Joe ». Cette position révèle également une incompréhension forte des mécanismes de la lutte des classes et du fonctionnement du système capitaliste : « La coalition entre Donald Trump et Elon Musk aux Etats Unis va accélérer l’alliance entre les milliardaires et l’extrême droite. Nous en voyions déjà les prémisses avec la croisade réactionnaire menée par Bolloré et Sterin en France, ou avec la neutralité bienveillante du patronat français vis-à-vis de l’extrême droite. ». Si l’on décrypte on comprend qu’un courant idéologique et politique (l’extrême-droite) et les capitalistes (le terme milliardaire est utilisé parce qu’il ne fait pas référence à la division de la société en classes) sont mis sur le même plan en termes de rôle et d’importance dans la société capitaliste. Pire, ils passent des « alliances » !!! Même le fascisme historique n’a jamais été à égalité avec le Grand Capital ! Les fascistes, comme les autres partis bourgeois ou sociaux-démocrates n’ont jamais été que des « fondés de pouvoir » du Capital, selon la formule de Marx. Tous les partis représentés à l’Assemblé nationale, en France, sont au service du Capital, c’st lui qui commande, qui donne la feuille de route et choisit dans la large palette dont il dispose, qui peut l’appliquer, y compris si c’est « l’extrême-droite ».
Le rapprochement avec les génocidaires anti-Trump
La conséquence de cette fixation sur l’extrême-droite et de la manifeste incompréhension du fonctionnement du système capitaliste est celle-ci : la gauche se sent plus ou moins dans le même camp que les politiciens représentant les franges de la Bourgeoisie opposées à la vision de Trump, à sa réorganisation, sa volonté de caporalisation du monde impérialiste occidental, avec une seule tête : les USA.
Cela peut se traduire au travers de la défense de l’Union européenne : « Face à la guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis, l’Europe doit changer de paradigme. Si nous ne voulons pas que notre industrie soit balayée il faut protéger notre industrie, relocaliser et tourner notre agriculture et notre industrie vers la réponse aux besoins des populations du continent plutôt que d’inonder le monde de poulets low cost. », nous dit Sophie Binet.
Quand on fait appel ainsi à « l’Europe », un mot dénaturé, puisqu’il ne désigne pas le continent, mais l’UE, c’est évidemment un appel au front commun, pas seulement de la CGT et de la FSU, mais de tous les européistes.
Mais, l’UE ne suffit pas. Il faut aussi faire appel à ceux qui, aux USA, sont les adversaires de Trump. Voici donc, une dernière fois, ce que dit Sophie Binet au congrès de la FSU : « Pour lutter contre l’extrême droite, il faut lier le social et le sociétal. Kamala Harris a perdu parce qu’elle n’a pas traité la question sociale, parce que le parti démocrate ne s’est pas adressé aux travailleuses et aux travailleurs, se limitant à la défense de la démocratie et des valeurs. ». Traduction : Kamala Harris est dans le même camp que nous, mais elle s’est trompée en ne se basant que sur les « valeurs ». Le problème, c’est que dans ces « valeurs », il y a la participation active à la colonisation de la Palestine et au génocide de Gaza. Car les USA de Biden (comme ensuite les USA de Trump) ne sont pas seulement complices de la colonisation de peuplement et du génocide, ils en sont acteurs. Cela ne semble pas déranger cette figure évidente de la gauche qu’est Sophie Binet, qui, peut-être parce que cela n’intéresse aucune des deux directions syndicales, de la FSU comme de la CGT, n’a eu aucun mot pour parler de la Palestine. Ce qui caractérise l’expression et la pensée humaine, c’est aussi et parfois surtout ce qui n’est pas dit.
Trump et Biden : différences et points communs
Malgré des différences d’approche, notamment sur la vassalisation des États de l’UE, Trump et Biden sont de faux opposants. Ils sont d’accord sur l’essentiel : faire perdurer la société capitaliste, le stade impérialiste et la suprématie des USA. Ils ne diffèrent que sur la méthode. Mais, dans un moment de déclin, de baisse tendancielle accrue du taux de profit, dans un moment où même les guerres impérialistes ne suffisent pas à s’en sortir, l’un est prêt à poursuivre en écrasant les États satellites, l’autre en accentuant le libre-échangisme.
Mais le plus significatif est que la gauche choisit objectivement le camp de Macron et Harris, et que, même le RN ne semble pas être un soutien bien ferme du nouveau président US. Tout cela trouve une nouvelle occasion de s’exprimer avec le démantèlement organisé par Trump de l’USAID, un des organismes de propagande et de subversion des USA les plus utilisés et soutenus par les gouvernements démocrates. Ce qui est révélé par ce démantèlement n’est pas une surprise pour nous, qui savons depuis longtemps le rôle de la CIA, notamment à Cuba, à travers l’USAID. Mais pour beaucoup de gens, c’est une découverte : l’USAID a financé les contre-révolutions de couleur, la BBC, 90 % des journaux ukrainiens et l’AFP, entre autres. Trump liquide cette administration fort probablement parce que ce ne sont pas ses acolytes qui sont ainsi financés, mais leurs adversaires. Néanmoins, nous ne pouvons que nous réjouir de ce démantèlement et de ces révélations.
Force est de constater que même quand il démantèle un des symboles les plus évidents de l’ingérence de l’impérialisme US, Trump n’est pas approuvé par la gauche qui défend l’USAID. Ainsi, Mediapart peut écrire que les journalistes « indépendants » en Ukraine ne seront plus financés et vont disparaître.
Nous n’avons rien à attendre ni de l’un, ni de l’autre
L’épisode de l’USAID, comme celui des rodomontades de Trump sur la Palestine nous montrent que les politiciens de gauche, dont Sophie Binet, croient ou veulent croire à une différence de nature entre les fondés de pouvoir de la sensibilité de Trump et ceux de la sensibilité de Biden, à grand renfort du concept biaisé d’extrême droite. Autant le « Netanyahu d’extrême-droite » invalide la responsabilité intrinsèque du sionisme et du projet colonial en Palestine, autant le « Trump d’extrême droite » valide le fait que les autres fondés de pouvoir défendraient des « valeurs » auxquelles le mouvement ouvrier pourrait adhérer.
En conclusion
Rien n’est moins vrai. En son temps, Charles Fiterman, ancien dirigeant du PCF passé à la réaction avait développé le concept de « valeurs universelles » partagées par une frange de la Bourgeoisie et le mouvement ouvrier. C’était déjà un leurre et ça l’est toujours.
Nous n’avons rien à attendre de Biden, ni de Trump, de Macron, ni de Retailleau, Hollande, Orban ou Sanchez. Et pas plus de Binet, Roussel ou Mélenchon. Le vrai clivage est entre ceux qui veulent la poursuite du système capitaliste, par la méthode A, B ou C et ceux qui veulent l’abolir, les Révolutionnaires. Le Parti Révolutionnaire Communistes est de ces dernier et fait son possible pour les fédérer et les organiser.
Les prolétaires du monde entier n’ont rien à attendre d’aucun des fondés de pouvoir du Grand Capital, quelle que soit sa tendance. Manifestement, le peuple palestinien l’a compris, lui. Sa lucidité constitue, autant que sa résistance, un apport irremplaçable pour les révolutionnaires du monde entier.
Mise à jour
Donald Trump s’est encore fendu de plusieurs déclarations tonitruantes sur la Palestine annonçant la suite de son programme : le non-retour d’hypothétiques réfugiés gazaouis et l’enfer si les otages… Comme si l’enfer, ce n’était déjà pas la situation de Gaza.
Il se pose ainsi, définitivement, en chef de ce que ses tenants appelaient, du temps des pays socialistes, le monde libre et que l’on ne peut qualifier que de bloc impérialiste occidental. Et il piétine à chaque sortie un peu plus, le soi-disant droit international auquel lui ne fait jamais référence, mais dont ses adversaires (Trump n’a pas d’ennemis parmi les dirigeants impérialistes occidentaux) font l’alpha et l’oméga de la « démocratie », adversaires curieusement de plus en plus modérés, voire silencieux à chaque nouvelle annonce du locataire de la Maison Blanche.
Nous l’avons déjà écrit, le projet que révèle Trump à la face du monde n’a rien de nouveau, c’est le projet sioniste depuis au moins le début du XXème siècle. Simplement, il est dit haut et fort, ce qui n’était pas le cas auparavant, sauf de la part des dirigeants fascistes comme Smotrich ou Ben Gvir. Il est essentiel de le redire quand, dans nos media, certains « journalistes », comme Gilles Bouleau de chez Bouygues (TF1), tentent de faire croire qu’il y a là une nouveauté à laquelle personne n’avait pensé jusqu’alors.
Les Palestiniens ne sont pas des moutons
Il faut le redire. Trump peut bien parler, France-Info peut bien débattre de la faisabilité technique de son « projet », Netanyahu peut bien charger son armée de préparer « l’évacuation des volontaires », rien, absolument rien n’est acquis. Au contraire les déclarations du chef de la soi-disant communauté internationale ne font qu’augmenter les ressentiments des peuples contre l’impérialisme occidental et la détermination des Palestiniens à rester chez eux, à défendre leur terre et leur histoire, fût-ce au prix de leur vie.
Comme en 1948 au moment du partage illégitime de la Palestine, les dirigeants du monde occidental prônent un avenir sans jamais consulter les Palestiniens, c’est-à-dire les principaux intéressés. Les Palestiniens de Gaza n’ont pas plus peur de Trump que des sionistes, ils savent que la trêve est précaire, que la guerre peut reprendre à tout moment, et nombre de jeunes rejoignent la Résistance armée.
Le rapport de force dans le monde
Les travailleurs et les peuples du monde ne sont pas en reste. Les démonstrations de solidarité continuent de plus belle, notamment dans le monde occidental, mais aussi en Amérique latine, au Maroc, ou, plus récemment, en Inde et au Pakistan.
Au sein du monde impérialiste occidental, la force des mouvements est le plus souvent liée à la présence active de syndicalistes, notamment de syndicalistes de classe. C’est particulièrement vrai en Grande Bretagne ou en Italie, en Norvège, en Suède ou en Grèce, où le mouvement syndical s’implique beaucoup, même si les directions centrales, quand elles sont sociales-démocrates, regardent ailleurs. Un des aspects de la bataille en France est l’absence de toutes les directions confédérales de ces mouvements de solidarité. En-dehors de quelques déclarations tous les 36 du mois, la CGT brille par sa présence réduite dans les rassemblements de solidarité avec la Palestine ou ceux pour libérer Georges Abdallah. Et même les sorties de leur bête noire Trump ne suscitent pas de réaction spécifique en termes de mobilisation.
Le sens profond de la démarche de Trump
Il est important de comprendre où Trump veut en venir. Sur la forme d’abord, ses déclarations tous azimuts ne sont pas forcément destinées à être suivies d’effets mais à occuper le terrain en permanence, sujet après sujet. Le rôle idéologique des nouveaux fondés de pouvoir des multinationales US est de faire en sorte d’être à l’origine de tout ce qui se discute dans leur monde, le bloc impérialiste occidental. Force est de constater que, pour le moment, c’est réussi.
Sur le fond, Trump et ses amis ont fait, depuis un moment, le constat de la perte d’influence de l’Occident dans le monde et donc des USA qui sont à sa tête. Leur but, pour se « refaire », est d’organiser les choses d’une manière radicalement différente de la façon dont elles l’étaient avant. Cela passe par reprendre la main, y compris aux dépens de ses alliés qui ne doivent plus servir qu’à « rendre l’Amérique de nouveau grande ». Pour prendre la main, ils se doivent de casser l’ancien système bi-partisan développé depuis la chute de l’Union soviétique. Et cela commence par installer le chaos dans un système vermoulu, vérolé, et complètement corrompu. Même dans ses déclarations de politique internationale, Trump vise un but de politique intérieure.
Ce qui est frappant, c’est que les analyses de ses adversaires, enfin ceux qui s’expriment, dans la sphère occidentale tournent toute autour d’une seule explication : « Trump est un nazi à moitié fou qu’il faut empêcher de nuire ». Ce chaos n’est analysé qu’au regard du dérangement mental prêté à Donald Trump. Rares sont les points de vue visant à rattacher tous les événements qui le parsèment à des éléments tactiques articulés à la réalité de son objectif stratégique. Pour ce qui est de la proposition de nettoyage ethnique de Gaza, évidemment scandaleuse, la gauche, en France et ailleurs, la critique comme telle mais malheureusement sans s’interroger sur l’intérêt pour Trump, avec cette initiative intolérable autant qu’irréalisable, de donner une bouffée d’oxygène à Netanyahu après la défaite israélienne révélée par le cessez-le-feu et après le cessez-le-feu : les Gazaouis sont toujours debout.
Trump et Biden sont les deux faces d’une même pièce
Les réactions outrées, mais
C’est donc à l’aune de cette caractérisation : Trump = fasciste et fou, qu’il faut regarder les réactions médiatiques et politiques en France. Le ministère des affaires étrangères s’est fendu d’un communiqué exprimant son désaccord avec la déportation des Gazaouis, tous les partis de gauche ont fait de même en utilisant leur habituel vocabulaire sur l’extrême droite, terme qui a l’intérêt de lier Trump et Netanyahu, et surtout, nous y reviendrons, de faire oublier les responsabilités de Biden et Macron.
Nous avons un quadruple phénomène : les Macronistes condamnent faiblement, mais ne dénoncent pas, ne font pas appel au droit international ni au Conseil de Sécurité de l’ONU ; les partisans avérés de Trump dans les media et dans le champ politique se taisent sur ses sorties concernant la Palestine ; au contraire, les media censés être anti-Trump évoquent ces déclarations et s’interrogent sur leur caractère nouveau, sa faisabilité, etc. ; et la gauche hurle à l’extrême-droite. C’est ce dernier phénomène que nous allons maintenant tenter d’analyser.
La fixation sur l’extrême-droite
Pour résumer le discours de la gauche, nous choisissons de citer quelques extraits du discours prononcé par Sophie Binet, secrétaire-générale de la CGT, le 6 février dernier, lors du congrès de la FSU, discours dans lequel le rapprochement voulu par les directions sociales-démocrates des deux syndicats n’est finalement que peu abordé, et totalement sous la bannière de la « lutte contre l’extrême-droite ». Sophie Binet ne définit pas ce que c’est que ce concept d’extrême-droite, mais elle évoque une « internationale d’extrême droite, de Trump, Musk, Poutine, Netanyahou et tant d’autres ».
Voilà tous les méchants réunis. En focalisant sur Trump et Netanyahu, on oublie « Genocide Joe ». Cette position révèle également une incompréhension forte des mécanismes de la lutte des classes et du fonctionnement du système capitaliste : « La coalition entre Donald Trump et Elon Musk aux Etats Unis va accélérer l’alliance entre les milliardaires et l’extrême droite. Nous en voyions déjà les prémisses avec la croisade réactionnaire menée par Bolloré et Sterin en France, ou avec la neutralité bienveillante du patronat français vis-à-vis de l’extrême droite. ». Si l’on décrypte on comprend qu’un courant idéologique et politique (l’extrême-droite) et les capitalistes (le terme milliardaire est utilisé parce qu’il ne fait pas référence à la division de la société en classes) sont mis sur le même plan en termes de rôle et d’importance dans la société capitaliste. Pire, ils passent des « alliances » !!! Même le fascisme historique n’a jamais été à égalité avec le Grand Capital ! Les fascistes, comme les autres partis bourgeois ou sociaux-démocrates n’ont jamais été que des « fondés de pouvoir » du Capital, selon la formule de Marx. Tous les partis représentés à l’Assemblé nationale, en France, sont au service du Capital, c’st lui qui commande, qui donne la feuille de route et choisit dans la large palette dont il dispose, qui peut l’appliquer, y compris si c’est « l’extrême-droite ».
Le rapprochement avec les génocidaires anti-Trump
La conséquence de cette fixation sur l’extrême-droite et de la manifeste incompréhension du fonctionnement du système capitaliste est celle-ci : la gauche se sent plus ou moins dans le même camp que les politiciens représentant les franges de la Bourgeoisie opposées à la vision de Trump, à sa réorganisation, sa volonté de caporalisation du monde impérialiste occidental, avec une seule tête : les USA.
Cela peut se traduire au travers de la défense de l’Union européenne : « Face à la guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis, l’Europe doit changer de paradigme. Si nous ne voulons pas que notre industrie soit balayée il faut protéger notre industrie, relocaliser et tourner notre agriculture et notre industrie vers la réponse aux besoins des populations du continent plutôt que d’inonder le monde de poulets low cost. », nous dit Sophie Binet.
Quand on fait appel ainsi à « l’Europe », un mot dénaturé, puisqu’il ne désigne pas le continent, mais l’UE, c’est évidemment un appel au front commun, pas seulement de la CGT et de la FSU, mais de tous les européistes.
Mais, l’UE ne suffit pas. Il faut aussi faire appel à ceux qui, aux USA, sont les adversaires de Trump. Voici donc, une dernière fois, ce que dit Sophie Binet au congrès de la FSU : « Pour lutter contre l’extrême droite, il faut lier le social et le sociétal. Kamala Harris a perdu parce qu’elle n’a pas traité la question sociale, parce que le parti démocrate ne s’est pas adressé aux travailleuses et aux travailleurs, se limitant à la défense de la démocratie et des valeurs. ». Traduction : Kamala Harris est dans le même camp que nous, mais elle s’est trompée en ne se basant que sur les « valeurs ». Le problème, c’est que dans ces « valeurs », il y a la participation active à la colonisation de la Palestine et au génocide de Gaza. Car les USA de Biden (comme ensuite les USA de Trump) ne sont pas seulement complices de la colonisation de peuplement et du génocide, ils en sont acteurs. Cela ne semble pas déranger cette figure évidente de la gauche qu’est Sophie Binet, qui, peut-être parce que cela n’intéresse aucune des deux directions syndicales, de la FSU comme de la CGT, n’a eu aucun mot pour parler de la Palestine. Ce qui caractérise l’expression et la pensée humaine, c’est aussi et parfois surtout ce qui n’est pas dit.
Trump et Biden : différences et points communs
Malgré des différences d’approche, notamment sur la vassalisation des États de l’UE, Trump et Biden sont de faux opposants. Ils sont d’accord sur l’essentiel : faire perdurer la société capitaliste, le stade impérialiste et la suprématie des USA. Ils ne diffèrent que sur la méthode. Mais, dans un moment de déclin, de baisse tendancielle accrue du taux de profit, dans un moment où même les guerres impérialistes ne suffisent pas à s’en sortir, l’un est prêt à poursuivre en écrasant les États satellites, l’autre en accentuant le libre-échangisme.
Mais le plus significatif est que la gauche choisit objectivement le camp de Macron et Harris, et que, même le RN ne semble pas être un soutien bien ferme du nouveau président US. Tout cela trouve une nouvelle occasion de s’exprimer avec le démantèlement organisé par Trump de l’USAID, un des organismes de propagande et de subversion des USA les plus utilisés et soutenus par les gouvernements démocrates. Ce qui est révélé par ce démantèlement n’est pas une surprise pour nous, qui savons depuis longtemps le rôle de la CIA, notamment à Cuba, à travers l’USAID. Mais pour beaucoup de gens, c’est une découverte : l’USAID a financé les contre-révolutions de couleur, la BBC, 90 % des journaux ukrainiens et l’AFP, entre autres. Trump liquide cette administration fort probablement parce que ce ne sont pas ses acolytes qui sont ainsi financés, mais leurs adversaires. Néanmoins, nous ne pouvons que nous réjouir de ce démantèlement et de ces révélations.
Force est de constater que même quand il démantèle un des symboles les plus évidents de l’ingérence de l’impérialisme US, Trump n’est pas approuvé par la gauche qui défend l’USAID. Ainsi, Mediapart peut écrire que les journalistes « indépendants » en Ukraine ne seront plus financés et vont disparaître.
Nous n’avons rien à attendre ni de l’un, ni de l’autre
L’épisode de l’USAID, comme celui des rodomontades de Trump sur la Palestine nous montrent que les politiciens de gauche, dont Sophie Binet, croient ou veulent croire à une différence de nature entre les fondés de pouvoir de la sensibilité de Trump et ceux de la sensibilité de Biden, à grand renfort du concept biaisé d’extrême droite. Autant le « Netanyahu d’extrême-droite » invalide la responsabilité intrinsèque du sionisme et du projet colonial en Palestine, autant le « Trump d’extrême droite » valide le fait que les autres fondés de pouvoir défendraient des « valeurs » auxquelles le mouvement ouvrier pourrait adhérer.
En conclusion
Rien n’est moins vrai. En son temps, Charles Fiterman, ancien dirigeant du PCF passé à la réaction avait développé le concept de « valeurs universelles » partagées par une frange de la Bourgeoisie et le mouvement ouvrier. C’était déjà un leurre et ça l’est toujours.
Nous n’avons rien à attendre de Biden, ni de Trump, de Macron, ni de Retailleau, Hollande, Orban ou Sanchez. Et pas plus de Binet, Roussel ou Mélenchon. Le vrai clivage est entre ceux qui veulent la poursuite du système capitaliste, par la méthode A, B ou C et ceux qui veulent l’abolir, les Révolutionnaires. Le Parti Révolutionnaire Communistes est de ces dernier et fait son possible pour les fédérer et les organiser.
Les prolétaires du monde entier n’ont rien à attendre d’aucun des fondés de pouvoir du Grand Capital, quelle que soit sa tendance. Manifestement, le peuple palestinien l’a compris, lui. Sa lucidité constitue, autant que sa résistance, un apport irremplaçable pour les révolutionnaires du monde entier.