Gantry 5

 

N° 903 11/12/2024  La suite d’une longue guerre déclenchée par les impérialistes US et leurs hommes de main
La Syrie vient de tomber. Contrairement à ce que beaucoup pensent, ce n’est pas seulement le régime baasiste qui a pris fin ces derniers jours mais la Syrie elle-même, en tant qu’État libre et unifié. Le processus de destructions de la Syrie a commencé en 2011 lorsque les USA et leurs alliés ont lancé les bandes de mercenaires salafistes pour détruire l’État syrien et en 2013 lorsque l’armée US est venue elle-même s’installer dans le Nord-Est du pays pour contrôler les champs pétrolifères.
Les accords d’Astana[1] en 2020 ont, de fait, officialisé la partition de la Syrie, même si 80 % du territoire revenait à l’État syrien. La reconquête d’Idlib était en cours en 2018, les généraux iraniens des gardiens de la Révolution voulaient l’achever, ils n’ont pas été entendus par Bachar El-Assad qui négociait déjà avec la Turquie. A la suite des accords de 2020 l’Iran et les forces pro-iraniennes ont quitté la Syrie, notamment dans les provinces d’Alep et d’Idlib. Ces secteurs ont été transférés à l’armée syrienne qui s’est révélée incapable de les défendre.
 
Les prémices de la situation actuelle
La zone d’Idlib regorgeait de mercenaires venus essentiellement d’Asie centrale (Tadjiks, Ouïghours, Ouzbeks, Turkmènes). Certains parlent même de techniciens militaires ukrainiens. Ces gens sont surarmés par les USA et par leur protecteur voisin, la Turquie d’Erdogan. Cette armée de mercenaires préparait son coup depuis longtemps. Il a fallu se faire oublier un temps et essayer de gommer l’aspect fasciste islamiste. Les media US s’y sont attelés. Et la guerre au Liban était une occasion en or. Entre-temps, les faits sont de nouveau implacables. HTS, l’ancien Front Al-Nusra, pourrait ne pas relever strictement de l’État islamique : il s’agit plutôt d’un État islamique turc. Le commandant Abu Mohammed al-Joulani, émir de facto de la nouvelle bannière ultra-rodée, a abandonné toutes les variantes d’Al-Qaïda et de l’État islamique pour former HTS. Il est à la tête d’un ensemble de « djihadistes à louer ». Et c’est un chouchou du MIT turc.
La complicité entre les mercenaires salafistes fascistes et l’État génocidaire sioniste n’est pas nouvelle. Pas mal d’entre eux sont allés se faire soigner dans les hôpitaux de l’entité sioniste entre 2011 et 2020.
Il en est des accords d’Astana comme de ceux de Minsk, ils ont été signés pour gagner du temps avant d’attaquer. La Turquie joue double ou triple jeu. Ce n’est pas forcément un allié fiable pour les USA. Mais l’entreprise US, d’Obama à Biden, consiste à atomiser la Syrie et dans ce jeu, Erdogan est un allié sûr. Depuis des années, Ankara meurt d’envie de contrôler Alep - même indirectement, afin de la « stabiliser » pour le business (au profit des capitalistes turcs) et également pour permettre le retour d’un grand nombre de réfugiés d’Alep relativement riches qui se trouvent actuellement en Turquie. En parallèle, l’occupation d’Alep par la Turquie est aussi un projet américain dans le cadre de la division de la Syrie.
 
Quelques faits qu’il faut connaître pour comprendre ce qui est à l’œuvre
Donnons quelques faits saillants qui doivent au moins interroger sur l’arrivée de cette attaque dans le contexte du conflit colonial en Palestine et de la tentative sioniste d’envahir et détruire le Liban.
L’attaque des mercenaires s’est produite immédiatement après qu’Israël a accepté un cessez-le-feu au Liban - déjà rompu par les sionistes des dizaines de fois - et après que Netanyahu a publiquement accusé le président syrien Bachar El-Assad de « jouer avec le feu » en permettant le transit de missiles iraniens modernes et d’équipements militaires via la Syrie vers le Hezbollah. Juste avant le cessez-le-feu, l’aviation génocidaire a détruit pratiquement toutes les voies de communication entre la Syrie et le Liban.
Un responsable israélien a déclaré que dans les prochains jours, Israël pourrait capturer davantage de zones à l'intérieur de la Syrie et intensifier encore les attaques contre des cibles stratégiques en Syrie, afin d'empêcher les armes de tomber entre les mains des rebelles. Et ça n’a pas tardé. Les sionistes ont bombardé Damas et sa banlieue. Qui veut-on empêcher d’accéder aux armes syriennes ? En tout cas, les mercenaires n’ont pas besoin de ces armes, ils en ont suffisamment.
Dans le même temps, l’aviation US dit avoir bombardé dans le centre de la Syrie 21 cibles terroristes. Que sont ces cibles, dans une zone qui relevait du régime baasiste et qui est toujours en partie contrôlée par l’armée syrienne ?
Concernant les accointances entre les mercenaires fascistes et l’impérialisme occidental, il ne reste plus rien à démontrer. Relevons tout de même l’ahurissante interview de Al-Julani par CNN visant à nous présenter comme un homme nouveau celui qui, jusqu’à la semaine dernière était recherché par les USA comme terroriste et sa tête mise à prix. Relevons aussi les déclarations d’un de ses lieutenants à Times of Israël : « Nous souhaitons vivre en bonne entente avec les pays voisins, y compris Israël. Nous n’avons pas d’autres ennemis que le régime d’Assad, le Hezbollah et l’Iran.’. Le MI6, services secrets britanniques demande que le HTS, l’organisation des fascistes de Al-Julani, soit retiré de la liste des organisations terroristes.
Enfin, dimanche 8 décembre en fin de journée, l’armée israélienne déjà massée sur les hauteurs du Golan, a pénétré encore plus loin en Syrie et occupé la ville de Quneitra. Elle a également bombardé celle de Deraa, qui est probablement son prochain objectif. Il y a toutefois une différence entre les deux villes. Celle de Quneitra était aux mains des mercenaires fascistes qui se sont retirés sans offrir la moindre résistance à l’armée sioniste.
 
Quid de « l’Axe de la Résistance » ?
En accord avec Ankara, l’armée russe a organisé le 8 décembre un pont aérien pour évacuer ses soldats des deux bases de Tartous et Lattaquié et les rapatrier en Russie. Le gouvernement russe a offert l’asile à Bachar El-Assad et ses proches, ce qui est la moindre des choses, pour un allié fidèle.
L’Iran a dépêché un général prestigieux des Gardiens de la Révolution en Syrie, Javad Ghaffari, ancien numéro deux du général Soleimani. Le guide suprême Khamenei a envoyé en Syrie son envoyé spécial, Larijani, faire des propositions d’aide à la direction syrienne. L’Iran était prêt à une intervention globale et à grande échelle en Syrie. Toutes les forces et ressources ont été préparées, et même une partie de ces forces a été envoyée dans l’une des bases éloignées de l’armée syrienne. Cependant, les demandes nombreuses et persistantes de l’Iran ont été rejetées par Assad, ce qui a conduit à la situation et aux événements actuels.  Et juste après, l’ordre a été donné à l’armée d’abandonner Homs sans combat. Si, dans cette affaire, Assad n’a pas suivi l’Iran, il semble bien qu’il ait suivi la Russie.
En bref, La Russie a montré qu’elle n’avait plus rien à faire de la Syrie. Elle a d’autres chats à fouetter. Poutine en particulier considère qu’il a moins besoin d’un port en Méditerranée maintenant qu’il a les missiles Oreshnik et de toute façon il négocie avec les Algériens pour en avoir un nouveau.
Même en Iran, on sait que les avis sont très partagés au sommet de l’État. Si les Gardiens de la Révolution sont très impliqués dans ce qu’il est convenu d’appeler l’Axe de la Résistance, donc la défense de la Syrie, des Palestiniens et l’alliance avec le Hezbollah, d’autres, au gouvernement, sont favorables à une négociation avec les impérialistes US et ne veulent pas d’une guerre avec les sionistes. L’épisode du cessez-le-feu au Liban est significatif à cet égard. Si on lit le communiqué du Hezbollah, on s’aperçoit qu’à aucun moment ils ne disent qu’ils ont signé cet accord. Et certains officiels de l’État d’occupation sioniste ont laissé entendre qu’ils avaient négocié avec l’Iran.
La réaction de Trump à cet égard est significative. Il s’est exprimé sur son réseau Truth. On comprend deux choses. La première, c’est qu’il est bien conscient de s’être fait avoir par les services de renseignements américains totalement impliqués dans l’opération. La seconde est contenue dans la fin de sa déclaration : « La Syrie est un désastre, mais elle n’est pas notre amie, et les États-Unis ne devraient rien à voir avec elle. Ce n’est pas notre combat. Laissons-le se dérouler. Ne vous impliquez pas ! ». On peut traduire par : « Moi aussi, j’ai d’autres chats à fouetter ! ». Peut-être s’occuper de la Chine ?
En tout cas, tout montre que cet axe de la Résistance est un leurre où tant la Russie que l’Iran ne voient que leurs intérêts de puissance impérialiste et que ceux de la Russie semblent primer sur ceux de l’Iran. On peut désormais dire qu’il en est de la Résistance libanaise comme celle de la Palestine : elle ne peut plus compter que sur elle-même ! Tous les chantres d’un monde multipolaire du grand apport des BRICS pour la souveraineté des peuples, de l’alliance avec certains impérialistes pour combattre le dominant en sont pour leurs frais. Tous les impérialistes, de quelque camp qu’ils soient ne défendent que leurs intérêts impérialistes !
 
Rien de bon ne se profile pour les peuples
Comme nous l’avons déjà écrit, nous pensons que la chute du régime baasiste n’améliorera pas les sort des peuples de la région, à commencer par le peuple syrien. Entre le Nord-Ouest et Alep quasiment aux mains des Turcs, le Nord-Est aux mains des soldats US et de leurs supplétifs kurdes, le sud qu’Israël commence à envahir, le centre en partie aux mains des mercenaires fascistes et en partie contrôlé par l’armée syrienne, personne ne peut dire que la partition, le dépeçage ne sont pas en cours.
Cela nous promet un scénario qui va faire apparaître le chaos libyen et ses conséquences comme un aimable divertissement. Juste un détail, les vainqueurs ont vidé les prisons, des prisonniers politiques bien sûr mais aussi de milliers de djihadistes dont beaucoup de Français…
A la fin des années 90, les dirigeants US avaient théorisé sur les « États voyous » dont ils voulaient se débarrasser. Après l’Irak et la Libye, le tour de la Syrie est venu. Il ne reste plus que l’Iran et l’Algérie.
Les mercenaires fascistes visent aussi le Liban et ceux qui pensent qu’ils vont aller jusqu’à Gaza feraient mieux de regarder vers Beyrouth. Ces gens-là n’ont rien à faire des Palestiniens. D’ailleurs, ils contribuent au plan global de Netanyahu visant à les faire oublier. La guerre impérialiste, le dépeçage de la Syrie permettent de détourner les yeux.
Mais le Parti Révolutionnaire Communistes n’oublie pas les Palestiniens qui combattent toujours contre le colonialisme sioniste, contre le génocide.
Solidarité aux peuples palestinien, libanais et syrien.
[1] Accords signés par la Russie, la Syrie, la Turquie et l’Iran, mettant fin à la guerre mais conservant les prés carrés des Turcs et des Kurdes syriens sous contrôle US.