Gantry 5

 

N° 869 18/04/2024  Le quotidien à Gaza
Pour la plupart des gens, la guerre signifie être pilonné par des bombes 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, ce sont des morts, des blessés, la destruction totale. C’est principalement cela, en effet. Mais la guerre prend aussi d’autres formes, moins visibles mais tout aussi nocives pour les habitants de la Bande de Gaza. La famine par exemple. Les Israéliens l’utilisent pour forcer les gens qui restent à quitter la ville de Gaza et le nord de la Bande. Il y en a qui sont morts de faim, notamment plusieurs enfants.
Avec la guerre et le blocus, tout est devenu hors de prix. L’aide humanitaire et les importations du secteur privé ne passent toujours pas en quantité suffisante. Le prix du kilo de sucre qui était de 4 shekels (1 euro) a atteint jusqu’à 70 shekels (17,50 euros). Maintenant il s’est stabilisé à 20 shekels (5 euros).
 
Les gens voient réapparaître des marchandises qu’ils ne peuvent pas s’offrir
Après la mort des six salariés de l’ONG World Central Kitchen et la résolution de l’ONU exigeant un cessez-le-feu jusqu’à la fin du ramadan, les Israéliens avaient promis d’augmenter le nombre de camions qui entrent par le nord de la bande de Gaza. Apparemment, des livraisons sont effectivement arrivées au nord et à Gaza-ville, mais cela était très insuffisant. Les habitants de Gaza nord ont vu réapparaître des choses dont ils avaient oublié l’existence, des légumes, de la viande. Mais tout est à des prix prohibitifs. Le kilo de tomates est à 120 shekels (30 euros), le kilo de pommes de terre à 100 shekels (25 euros). Les gens les voient, mais ils ne peuvent pas les acheter.
En plus, il n’y a plus d’argent liquide dans les banques, dans toute la bande de Gaza, parce que les Israéliens n’en laissent plus passer. Avant, des camions blindés transportaient le liquide pour approvisionner les banques en shekels, en dollars et en dinars jordaniens. Les dollars sont partis en Égypte pour payer les sommes énormes qui permettent de sortir de Gaza – compter 35 000 dollars (près de 33 000 euros) pour une famille moyenne. Les dollars servent aussi à payer les importations. Et il y a aussi les profiteurs de guerre palestiniens qui retirent des grosses sommes en liquide grâce à leurs contacts à la banque.
Pour retirer de l’argent de la banque de Palestine, il faut faire la queue pendant des heures, voire des jours, pour obtenir 1 500 ou 2 000 shekels. Parfois, il n’y a pas de liquide du tout.
Maintenant, les prix commencent à baisser, pas parce qu’il y a plus d’offre, mais surtout parce que les gens n’ont plus d’argent pour acheter.
 
A gaza, les gens pensent juste à comment survivre
L’autre guerre psychologique menée par Israël, ce sont les menaces qu’ils continuent à faire planer autour d’une attaque contre Rafah, avec la possibilité de chasser les 1,5 million de déplacés qui s’y entassent. Les gens ont peur de nouveaux massacres, peur d’un nouveau déplacement. Ils sont épuisés par ces déplacements d’une ville à une autre, d’une tente à une autre, pour fuir cette machine de guerre qui ne fait pas la distinction entre un être humain, un bâtiment ou un arbre, et qui détruit tout.
Les Gazaouis sont tellement épuisés par les besoins du quotidien qu’ils ne pensent plus à l’avenir, ils pensent juste à comment survivre. Les conséquences psychologiques seront énormes, on les verra après la guerre.
Il y a aussi la guerre contre le système de santé. Les Israéliens l’ont presque entièrement détruit. L’hôpital Al-Shifa, le plus important de la bande de Gaza, n’est plus qu’une carcasse. L’hôpital Kamal Odwane, le seul qui opère encore à Gaza-ville, n’a plus ni les moyens ni les infrastructures nécessaires pour recevoir les blessés. À Rafah non plus, les hôpitaux n’ont plus de moyens. Beaucoup de gens sont morts parce qu’ils avaient besoin d’un antibiotique qu’on ne trouve plus, ou par manque d’oxygène. Des bébés sont morts dans les couveuses à cause de pannes d’électricité.
 
L’hypocrisie de l’aide parachutée
Enfin, il y a la guerre de l’humiliation, sur laquelle il faut insister, et qui ne fait qu’empirer. L’humiliation d’être tués sous son toit en dormant, de chercher ses morts sous les décombres, ou bien de devoir les laisser sous les décombres, comme ça s’est passé à Gaza-ville. Les gens y attendaient le redéploiement de l’armée pour aller chercher les victimes ensevelies, pour les enterrer dignement. On voit des morts à droite et à gauche dans les rues. L’humiliation de vivre sous les tentes, l’humiliation des parachutages de l’aide alimentaire. Ce n’est pas destiné à aider les habitants de Gaza, mais juste aux opinions publiques des pays impérialistes, pour dire qu’on est en train d’aider la Palestine et les Gazaouis. L’humiliation de voir les gens se précipiter pour récupérer ces colis.
Les pays comme la France, les États-Unis et la Jordanie dépensent beaucoup d’argent pour envoyer ces palettes par avions militaires, alors qu’ils pourraient les faire parvenir par camion. Il y a maintenant six ou sept terminaux entre Israël et la bande de Gaza, en plus du terminal de Rafah. Si les Israéliens ont donné la permission d’utiliser leur espace aérien – parce qu’ils considèrent que Gaza fait partie de leur espace aérien –, ils peuvent aussi donner l’autorisation de laisser passer les camions.
Mais ils ne veulent pas le faire parce qu’ils veulent entretenir ce désordre sécuritaire, où des gens arrivent à se battre entre eux parce qu’il n’y a pas d’argent. On en revient au troc : je te donne un sac de farine, tu me donnes un sac de sucre.
Beaucoup pensent à partir. Il est probable que si les Égyptiens baissaient un peu le montant du passage – 5 000 dollars par personne –, beaucoup de Gazaouis partiraient. Certains ont vendu tous leurs biens, leurs bijoux, leur voiture, pour récolter cette somme. D’autres qui n’ont rien à vendre créent des cagnottes en ligne.
C’est une guerre de non-vie. Si elle se termine, une nouvelle va commencer, parce qu’il n’y a plus rien pour vivre. Pas d’électricité, pas de jardins d’enfants, pas d’écoles, pas d’université. Il n’y a plus rien dans la bande de Gaza. Surtout dans la ville de Gaza et dans le nord. Et c’est ça, la vraie guerre. C’est d’être obligé de faire vivre sa famille dans un endroit vide, désert, où il n’y a rien du tout.
 
Les risques d’élargissement du conflit ; que cherche Israël ?
Nos media ont trouvé un nouvel épouvantail : l’Iran. Tout le monde passe son temps à condamner l’attaque de missiles et de drones contre l’État sioniste. Et c’est simplement parce que les dirigeants de l’État iranien détestent Israël et veulent sa destruction. Voilà en quoi consiste le discours officiel.
Et personne ne pense à nous rappeler la frappe des sionistes contre le consulat iranien à Damas, qui a causé la mort de 7 personnes. Personne ne nous dit qu’Israël envoie des missiles ou des drones régulièrement sur le Liban ou la Syrie. Et ça ne date pas du 7 octobre 2023, il y a belle lurette que l’État colonial pratique ainsi, tuant chez ses voisins et ce, dans une totale impunité. Quels États impérialistes occidentaux ont condamné ces exactions ? Poser la question, c’est y répondre. Israël a « le droit de se défendre ». Circulez, il n’y a rien à voir !
Au-delà de la question palestinienne, le conflit entre Israël et l’Iran s’inscrit dans le conflit plus large entre blocs impérialistes, les occidentaux contre la Chine et la Russie. Un élargissement du conflit porterait des risques énormes.
Et pourtant, cet élargissement, c’est ce que cherche Israël. Même si les sionistes massacrent allègrement les habitants de Gaza, ils sont dans une impasse : la résistance palestinienne est toujours vivace et les peuples du monde prennent de plus en plus conscience de la nature de leur État génocidaire. Sans l’aide des États-Unis, l’armée d’occupation ne tiendrait pas trois jours. Et cette aide militaire des impérialistes occidentaux est de plus en plus contestée dans le monde.
Donc Israël a intérêt à faire détourner les yeux des peuples du monde de la Bande de Gaza. Pour pouvoir continuer tranquillement leur génocide, les dirigeants israéliens pensent à un élargissement du conflit, à la fois pour qu’on parle moins de la Palestine, et pour entraîner les États-Unis dans la guerre, parce que, manifestement, leur armée est loin d’être aussi efficace qu’ils le disent contre des combattants. Elle tue beaucoup de civils désarmés, mais n’éradique pas les combattants palestiniens. La focalisation sur la Palestine, même si elle est très peu présente dans les media de l’Occident, cesserait alors tout à fait. C’est le calcul de Netanyahu et de ses amis, qui ont intérêt à prolonger la guerre.
 
En conclusion
Le Parti Révolutionnaire Communistes ne se fait pas d’illusion sur le soutien affiché de l’Iran au combat des Palestiniens. Il y a là un opportunisme qui cache mal des ambitions impérialistes à l’échelle régionale.
Néanmoins, c’est Israël qui est l’agresseur, c’est Israël qui enfreint le fameux « droit international » en bombardant un consulat ou en refusant l’accès des camions humanitaires dans la Bande et plus particulièrement au nord de Gaza.
La question palestinienne, la lutte de libération nationale de son peuple doivent rester la préoccupation majeure des peuples et des travailleurs du monde.
Dans ces conditions, s’il est urgent et fondamental de réclamer un cessez-le-feu immédiat et permanent, de même que l’accès libre aux humanitaires dans toute la Bande de Gaza, ou encore le retrait total des forces d’occupation de l’enclave, cela ne saurait suffire.
C'est pourquoi, le Parti Révolutionnaire Communistes soutient les revendications fondamentales du mouvement de libération nationale palestinien : fin immédiate de l'agression militaire sioniste, droit au retour des réfugiés et formation d'un État palestinien sur le territoire de la Palestine mandataire.