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N° 863 05/03/2024 Les exactions d’Israël
Un rapport de l’UNRWA dénonce la torture systématique des prisonniers
Destiné à rester en interne, ce rapport a finalement été dévoilé, entre autres, par le « New York Times ». Il est fait état de centaines de prisonniers palestiniens revenus traumatisés dans la bande de Gaza après avoir été libérés par Israël via le point de passage de Kerem Shalom, au sud de l'enclave. Le directeur de l'UNRWA, Philippe Lazzarini, qui a confirmé l'existence de ce rapport, parle de calvaire : « Nous avons vu ces gens revenir de détention, certains après quelques semaines, certains après quelques mois. Et la plupart d'entre eux complètement traumatisés par le calvaire qu'ils avaient vécu ».
Il décrit : « une large gamme de mauvais traitements […] des personnes systématiquement humiliées, des personnes prises en photo nues, sujettes à des abus verbaux et psychologiques, des menaces d'électrocution […] des privations de sommeil, l'utilisation de bruit extrême pour empêcher de dormir […] l'utilisation de chiens pour intimider ».
Parmi ces prisonniers qui ont vécu ce calvaire figurent plusieurs employés de l'UNRWA, les autorités israéliennes ont commis des actes de torture contre certains de ses salariés arrêtés dans la bande de Gaza. « Nos employés nous ont rapporté des choses atroces lors de leur détention et de leurs interrogatoires par les autorités israéliennes », comme des "tortures, des mauvais traitements, des abus et de l'exploitation sexuelle » (communiqué de l’UNRWA transmis à l'AFP).
« Certains de nos employés ont rapporté aux équipes de l'UNRWA qu'ils avaient été forcés à faire des aveux sous la torture » lorsqu'ils étaient « interrogés au sujet des relations entre l'UNRWA et le Hamas et sur une implication dans l'attaque du 7 octobre contre Israël », peut-on lire aussi.
Bien entendu, Israël dément et accuse l’UNRWA d’employer 450 « terroristes », recourant à son habituelle propagande de guerre, un sujet qui n’intéresse guère nos media aux ordres de l’idéologie dominante. Le journal très officiel « Le Monde », qui évoque la situation dénoncée par l’UNRWA utilise pléthore de précautions et nous apprend même que l’accusation initiale d’Israël indiquant que l’agence employait des gens ayant participé à l’attaque du 7 octobre a « contraint » certains États (tous occidentaux, mais ce n’est pas dit dans la chanson) à suspendre leurs subventions.
Pourtant, la pratique de la torture psychologique, physique, sexuelle dans les prisons de l’État sioniste est chose connue, dénoncée depuis des décennies par de nombreux Palestiniens et même par Amnesty International. Récemment le livre autobiographique de l’avocat Salah Hamouri, « Le prisonnier de Jérusalem », évoque clairement ces questions. Par ailleurs, il est de notoriété publique que la taille des cellules israéliennes est inférieure à 3 m², alors que les cellules standard, dans la plupart des pays de l’UE, ont une surface comprise entre 6 et 12 m². En juin 2017, la Cour Suprême israélienne avait décidé de porter la taille de la surface à 4,5 m² et donné un délai de neuf mois à l’administration pénitentiaire pour réaliser ce changement. Elle a ensuite, à deux reprises, prolongé le délai. Saisie par plusieurs associations israéliennes, elle a rendu un arrêt le 29 décembre 2022 qui prolongeait à nouveau le délai, jusqu’au 31 décembre 2027, tout en reconnaissant, dans les attendus, s’agissant des prisonniers, que « les priver de leur liberté par l’incarcération ne signifie pas les priver de leur droit à la dignité, qui découle du droit du prisonnier à déterminer l’espace vital minimal ».
Par ailleurs, dans son rapport annuel 2019-2020, la Défense publique israélienne (branche du ministère de la Justice en charge de défendre les détenus qui n’ont pas les moyens d’engager un avocat) a mis en garde contre la surpopulation carcérale et les atteintes aux droits des détenus. Ce rapport qualifiait les conditions de détention « d’atteinte grave à la dignité humaine ». Il critiquait l’étroitesse des cellules de prison de 2,5 m², faisant valoir que c’est « trop petit, ne serait-ce que pour un prisonnier ». Le rapport réitère les appels antérieurs à cesser immédiatement de maintenir les prisonniers dans ces cellules, affirmant qu’elles sont « inadaptées aux êtres humains ». Il fait également remarquer qu’une cellule de prison fait aujourd’hui moins de la moitié du minimum approuvé par l’administration carcérale israélienne, autorité qui avait fixé l’espace raisonnable à 6 m².
Bien évidemment, la taille des cellules n’est pas la seule brimade ni torture exercée par l’État colonisateur sur les prisonniers. Mais c’est une donnée renseignée y compris par des instances israéliennes, qui aurait pu attirer l’attention de n’importe quel journaliste en quête de vérité.
Plus le temps passe, plus il s’avère que l’UNRWA est un témoin du génocide perpétré par l’armée sioniste et, à ce titre, devient de plus en plus gênant pour ceux qui voudraient massacrer en silence et hors de toute vue.
 
Les soldats israéliens mettent en scène leurs crimes
Dans toutes les guerres, des militaires exhibent les ennemis tués ou torturés comme autant de preuves de leur supériorité. Chacun se souvient de cette soldate américaine tenant en laisse un prisonnier dans la prison d’Abou Ghraib en Irak. Mais, jusqu’alors ce type d’images était réservé à un cercle restreint et n’arrivait au grand public que grâce à d’autres soldats indignés.
Avec les réseaux sociaux et en raison de la nature même de la guerre coloniale d’Israël contre les Palestiniens de Gaza, les bombardements, les destructions, les humiliations, sont mis en scène par des soldats, et les images partagées avec la population. Il n’y a plus d’hommes, de femmes ou d’enfants, mais des « ennemis » à abattre, des « choses » à faire disparaître. Voici quelques exemples parmi les très nombreuses vidéos publiées sur les réseaux sociaux, adressées au grand public israélien.
Ce qui frappe en tout premier lieu c’est le nombre de photos et de vidéos venant de militaires heureux, hilares même, assumant totalement leurs propres crimes, tel un couple de soldats se demandant en mariage dans une école fraîchement bombardée au nord de Gaza. Ou ce militaire qui célèbre ses fiançailles avec ses camarades, comptant à rebours jusqu’à l’explosion d’une bombe dans un immeuble civil juste derrière lui.
On pourrait citer aussi ce militaire s’amusant avec des affaires abandonnées d’enfants gazaouis , ces soldats forçant un coffre-fort dans une maison, et chantant au milieu des ruines en exhibant le rouleau de la Torah, ou encore cette scène invraisemblable à Jénine, en Cisjordanie, où des guerriers au repos fument la chicha, mangent des chips ou l’équivalent, se sentent à l’aise dans la maison de Palestiniens qui apparaissent les yeux bandés et les mains menottées en arrière-plan – le tout dans une atmosphère décalée qui siérait à un groupe de copains revenant de ballade.
Toujours à Jénine, on voit un soldat chanter des prières juives au minbar d’une mosquée (là où se tient l’imam pour le prêche du vendredi). Ici, un autre militaire se vante d’avoir détruit les bâtiments de l’université Al-Azhar dans la ville de Gaza. Là, deux soldats fument une cigarette pendant la destruction d’un bloc entier d’habitations civiles. Il y a aussi cette vidéo montrant deux soldats devant un camion d’aides alimentaires destinées aux civils gazaouis, avec ce commentaire de l’un, tout sourire : « C’est le deuxième jour d’Hanouka [la fête juive des lumières] (...) que tout le monde passe de joyeuses fêtes », avant de mettre le feu aux provisions.
Un deuxième type de publications relève de la mise en scène minutieuse. Ces petits films, de courte durée, scénarisés, soigneusement écrits, montrent par exemple des soldats face caméra préparer des lance-missiles, installer des bombes pour détruire des structures civiles à Gaza sur fond de musique entraînante et se féliciter de chaque explosion. Le dernier chic pour les militaires israéliens est de signer avec des messages plus ou moins guerriers un obus. Un geste repris par le président israélien Yitzhak Herzog lui-même, le 25 décembre 2023, lors d’une visite sur le terrain. À la demande, on peut faire dédicacer une frappe de missile à un être cher à son cœur, comme on le ferait d’une chanson à la radio. Ou inscrire des messages sur les obus puis accompagner les soldats pendant qu’ils les tirent sur Gaza.
Ces exactions ont inspiré ces commentaires à Nimrod Flaschenberg, militant pacifiste israélien, aujourd’hui réfugié en Allemagne : « Il y a eu un processus rapide de légitimation de l’agressivité et du racisme. C’est ce qui a causé cette atmosphère et a permis aux artistes et aux politiciens de s’exprimer librement dans un langage génocidaire ». Et de poursuivre : « Ce qui est troublant, c’est qu’ils se filment en train de célébrer le bombardement des universités et des maisons à Gaza. C’est fou le degré de joie et de fierté que ces soldats éprouvent à raser un pays et sa population. Cette déshumanisation est si gangrenée qu’ils ne pensent pas faire quelque chose de mal. ». Et pourtant, nous ne voyons que la partie émergée de l’iceberg, puisque l’armée contrôle et censure tout ce qui sort de Gaza.
Dans un article publié dans « Le Grand Soir » (medium en ligne belge), Fatma Ben Hamad, une journaliste du site « Orient XXI », dirigé par Alain Gresh, commente l’état d’esprit des israéliens au sujet de ces scandaleuses vidéos : « Les Gazaouis n’existent pas. Ce qui arrive aux civils à Gaza n’est pas montré. Seul le Hamas existe, et il est responsable des pertes civiles. En Israël, les gens ordinaires qui ne veulent pas que l’occupation continue, ne sont pas conscients des souffrances causées par les bombardements. La conversation se déroule uniquement dans le confort intra-israélien : "Allons-nous ramener les otages ? Allons-nous mettre fin au règne du Hamas ?" Les Gazaouis ne sont nulle part dans l’équation... ».
Enfin, il faut évoquer l’organisation palestinienne « 7amleh » qui s’est adressée le 7 février à toutes les multinationales possédant des réseaux sociaux pour signaler ces vidéos et mettre l’accent sur leur responsabilité et leur complicité avec la rhétorique génocidaire ainsi répandue. Depuis le 7 octobre, « 7amleh » compte près de trois millions de contenus haineux ou incitant à la haine des Palestiniens en ligne, contre au moins 4.400 cas de censure des contenus propalestiniens. Une seule multinationale, Meta (Facebook, Instagram et Whatsapp) a répondu à l’ONG palestinienne, en assurant uniquement qu’elle prévoit de revisiter ses règles en estimant désormais que l’usage des termes « sioniste » et « sionisme » relève du discours haineux à l’encontre de personnes juives ou israéliennes. Cherchez l’erreur !!!
 
Vers l’unité des mouvements palestiniens dans la résistance
Rencontre entre mouvements palestiniens à Moscou
Le 16 février dernier, la Russie a annoncé, par la voix de l'envoyé présidentiel pour le Moyen-Orient et l'Afrique, Mikhaïl Bogdanov, une nouvelle initiative visant à réunifier les organisations du mouvement national palestinien, parmi lesquelles le Hamas et le Fatah, en organisant une réunion inter-palestinienne à Moscou du 29 février au 2 mars.
La réunion inter-palestinienne s’est déroulée sur deux jours (jeudi 29 février et vendredi 1er mars). Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, avait assisté aux discussions de la première séance tenue jeudi. Impossible de savoir combien d’organisations étaient présentes, ni lesquelles, à part les deux plus importantes.
Les organisations palestiniennes ont convenu de « poursuivre le dialogue pour parvenir à une unité nationale globale incluant toutes les forces et factions palestiniennes dans le cadre de l'Organisation de libération de la Palestine, le seul représentant légitime du peuple palestinien ». Elles se sont entendues pour « faire face à l'agression criminelle israélienne et à la guerre génocidaire contre notre peuple dans la bande de Gaza, ainsi que pour résister, arrêter et contrecarrer les tentatives visant à déplacer le peuple palestinien de sa patrie, la Palestine, particulièrement dans la bande de Gaza, ou en Cisjordanie et à Jérusalem. »
Elles se sont également mises d’accord pour : « obliger l'armée d'occupation à se retirer de la bande de Gaza et à empêcher les tentatives visant à établir son occupation ou son contrôle sur n'importe quelle partie de la bande de Gaza ou sur le reste des territoires occupés ». Elles ont également réitéré leur position de principe quant à l'unité de tous les territoires palestiniens conformément à la Loi fondamentale et la création d'un État de Palestine.
Si l’on peut penser que cette réunion et cet accord vont dans le bon sens, celui de la nécessaire unité de toutes les organisations palestiniennes dans un but, non de compromission avec l’occupant, comme c’est le cas bon an mal an depuis Oslo, mais de résistance à l’occupation coloniale, il ne faut pas se faire d’illusion sur le rôle joué par la Russie impérialiste.
Les dirigeants et les capitalistes russes se moquent comme de l’an quarante du sort du peuple palestinien. Mais ils trouvent là une occasion d’avancer des pions dans la lutte inter-impérialiste qu’ils mènent, aux côtés des impérialistes chinois, contre le bloc impérialiste occidental. Le discrédit d’Israël, créature des Occidentaux, et des USA, l’impérialisme dominant, leur ouvre des portes. Si cela peut être utile à l’union des résistants palestiniens, tant mieux. Mais, sans illusion.
 
La position du Parti Communiste Palestinien (PCP) sur l’accord de Moscou
Le PCP a publié une déclaration le 4 mars, qui évoque, entre autres, ce sujet. Avant d’aborder l’accord de Moscou, le communiqué dénonce les dernières atrocités commises par l’armée d’occupation puis évoque les pays arabes : « Certaines nations arabes jouent le rôle de conspirateurs et de partenaires dans l'agression contre notre peuple, comme le montrent les régimes de Bahreïn et des Émirats arabes unis. Même des pays voisins comme la Jordanie et l'Égypte, malgré des accords de paix avec l'occupant, n'ont pas apporté d'aide humanitaire à notre peuple à Gaza. Les démonstrations aériennes de solidarité ne soulagent pas la faim, et ce qui est demandé aux nations arabes, au minimum, c'est de rompre les liens et d'annuler les accords avec l'État occupant. Or, c'est tout le contraire que nous observons, certaines nations exportant sans hésitation des légumes et des produits alimentaires vers l'occupant raciste, en justifiant cela par des accords avec l'ennemi. ». La position du PCP est claire, les Palestiniens ne peuvent compter que sur eux-mêmes et la solidarité des peuples du monde, mais en aucun cas sur des États, fussent-ils arabes.
A propos de la réunion de Moscou et de l’accord intervenu, on peut dire que le PCP n’est pas pleinement satisfait : « La réunion s’est conclue par une modeste déclaration signée par toutes les factions participantes, elle présentait des faiblesses. Premièrement, elle n'incluait pas toutes les factions de l'arène palestinienne, excluant plusieurs d'entre elles, dont le parti communiste palestinien, sans en donner les raisons. Deuxièmement, la déclaration de la réunion de Moscou nécessite un travail substantiel, un effort réel et une volonté politique pour mettre réellement fin à la division palestinienne. Par conséquent, notre parti s'attend à ce que tout ce qui s'est passé à Moscou reste de l'encre sur du papier et que tous les sacrifices consentis et ceux qui se poursuivent en Cisjordanie et à Gaza ne soient pas suffisants pour mettre fin à la division palestinienne. Troisièmement, ce que l'ennemi fasciste n'a pas réussi à obtenir par la guerre ne devrait pas être accordé par des négociations. Les immenses sacrifices et les destructions massives subis par Gaza doivent être compensés par la libération de tous les prisonniers sans exception, le retrait des forces d'occupation de Gaza, l'accord sur la reconstruction, la levée du blocus et l'acheminement continu de l'aide sans conditions. ».
Pour le Parti Révolutionnaire Communistes, il faut effectivement ne pas se réjouir trop tôt. Le chemin vers l’unité palestinienne n’est pas un long fleuve tranquille. Il est parsemé d’embûches : les intérêts de classes des uns et des autres, la force des organisations bourgeoises (Hamas, Fatah) et la relative faiblesse des marxistes, la tendance d’une partie du Fatah à se contenter de ses avantages et de son rôle de maintien de l'ordre vis-à-vis des colonisateurs, les rivalités pour le leadership et la volonté de tirer la couverture à soi, etc… Sans parler des intérêts de la Russie impérialiste, dont nous parlions plus haut.
Néanmoins, il y a là un pas, si modeste soit-il, dont il faut tenter de profiter. C’est d’ailleurs le sens de la conclusion de la déclaration du PCP : « Face à ces défis qui menacent notre peuple et au danger qui pèse sur notre cause nationale, le Parti communiste palestinien renouvelle son appel à la formation d'un large front national incluant toutes les forces palestiniennes et les divers mouvements populaires sans exception. Ce front devrait être basé sur un programme politique spécifique pour sortir notre peuple de l'impasse palestinienne depuis Oslo jusqu'à aujourd'hui. L'accord sur les mécanismes de lutte et de résistance ne devrait pas être déterminé par une quelconque partie sur la base de ses intérêts personnels et de faction, laissant à notre peuple le choix de la voie qui lui convient dans la lutte, sans diktat. Ensuite, la restructuration de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) nécessite des fondations nationales révolutionnaires capables de changer la réalité vaincue et de mener une révolution contre elle. Elle doit être le représentant légitime et unique du peuple arabe palestinien. ».
 
En conclusion
L’unité des organisations palestiniennes dans un but de résistance est une nécessité. Mais nous savons bien que l’unité est un combat. Elle seule peut permettre de se débarrasser de l’occupation, de l’apartheid, de la colonisation, toutes choses qu’incarne l’État sioniste depuis sa création unilatérale en 1948. Nous rejoignons totalement le PCP dans sa volonté d’exclure les compromis, les troisièmes voies, les accords continuant de reconnaître l’État génocidaire.
A partir de ce constat, la position du Parti Révolutionnaire Communistes est claire. Il ne s’agit pas de « jeter les Juifs à la mer », mais d’en finir avec un État d’apartheid, théocratique, lui-même intitulé « État-Nation du peuple juif ».
C'est pourquoi, nous soutenons les revendications fondamentales du mouvement de libération nationale palestinien : fin de l'agression militaire sioniste, droit au retour des réfugiés, formation d'un État palestinien sur le territoire de la Palestine mandataire.