N° 903 11/12/2024 Depuis quelques mois, nous assistons à la fois au développement de l'escalade militaire dans la guerre impérialiste qui se déroule sur le territoire de l'Ukraine[1] et à des signaux indiquant que les protagonistes de cette guerre entendent y mettre un terme fut-il provisoire, par la négociation sous forme d'un cessez le feu. De ce point de vue, les récentes déclarations de D. Trump lors de sa visite à Paris sont significatives dans lesquelles il affirme : " Il devrait y avoir un cessez-le-feu immédiat et des négociations devraient commencer. Trop de vies ont été perdues en vain, trop de familles ont été détruites, et si ça continue, cela pourrait se transformer en quelque chose de plus gros, et bien pire ". Ces deux tendances, escalade cessez le feu, si elles apparaissent comme contradictoire ne le sont pas en réalité. Elles recouvrent une même logique, celle de la nature des affrontements au sein du système impérialiste. Pour comprendre ces évolutions, nous devons revenir sur ce qui fonde les guerres impérialistes en général et celle qui se déroule en Ukraine en particulier.
De ce point de vue, l'apport de V.I. Lénine à l'analyse de cette question est essentiel à commencer par son ouvrage[2] : " l'impérialisme stade suprême du capitalisme " où il décrit l'évolution du capitalisme dans sa forme impérialiste. Pour notre part, nous appuyant sur l'analyse de Lénine, nous avons caractérisé les tendances modernes du développement du capitalisme[3] et nous rejoignons son point de vue : " [qu']en régime capitaliste, le développement égal des différentes économies et des différents États est impossible. Les seuls moyens possibles de rétablir de temps en temps l'équilibre compromis, ce sont en régime capitaliste les crises dans l'industrie, les guerres en politique ".
Dans ce cadre, L'émergence de nouvelles puissances capitalistes aiguise la confrontation pour la suprématie dans le système impérialiste mondial entre les États-Unis et la Chine et intensifie le conflit entre l'axe euro-atlantique et l'axe eurasiatique en cours de formation.
Cette appréciation conduit le Secrétaire Général du Parti Communiste de Grèce à s'exprimer ainsi[4] : " Qui ne voit la bombe à retardement sur laquelle repose l'économie capitaliste internationale, à savoir la suraccumulation de capitaux qui ne peuvent pas être investis avec un profit satisfaisant ? Ils ont essayé la transition verte et numérique, ainsi que la vieille recette de la guerre, dont parle Lénine, mais les impasses du système perdurent."
La crise du système capitaliste ainsi que la guerre sont consubstantielles au capitalisme lui-même[5]. Si à la lutte pour le partage territorial des colonies s'est substituée une lutte acharnée pour le contrôle des matières premières, des voies de communication et de la force de travail, cela ne change rien fondamentalement au fait que ces partages comme l'écrivait Lénine se font sous le régime de la force : "En régime capitaliste le partage ne peut avoir d'autre base, d'autre principe que la force. [...] Prêcher le partage "équitable" du revenu sur cette base, c'est...du béotisme de petit bourgeois et de philistin. On ne peut partager autrement que "selon la force". Or la force change avec le progrès économique. [...] Pour vérifier la force réelle de l'État capitaliste, il n'y a et il ne peut y avoir d'autre moyen que la guerre. La guerre n'est pas en contradiction avec les principes de la propriété privée; elle en est le développement direct et inévitable."
Après trois ans de guerre, ayant épuisé les belligérants directs et leurs peuples[6] : la Russie et l'Ukraine, l'heure est à la recherche d'un compromis temporaire. Cependant, il ne faut entretenir aucune illusion, ce compromis n'effacera pas les rivalités inter-impérialistes, qui vont du commerce et de la technologie à l'armement militaire, de l'Arctique à l'Afrique et à l'océan Indo-Pacifique, en passant par l'espace. Au contraire, il sera le temps d'une reconstitution et d'une reconfiguration des forces permettant de porter le conflit à une échelle supérieure. Ainsi, l'annonce consistant à garantir la sécurité de l'Ukraine par la présence de troupes de pays de l'OTAN sur son territoire, ne serait qu'un pas de plus vers une confrontation directe entre l'Alliance Atlantique et la Russie. Dans le même temps, les peuples ukrainiens et ceux de la Fédération de Russie continueront à subir la dictature de leur oligarchie capitaliste qui, au nom de la reconstruction appelleront à de nouveaux sacrifices et à de nouvelles privations de libertés. Décidément Lénine, dénonçant la position de soutien de la social-démocratie à leurs propres impérialismes au moment de la première guerre mondiale, avait raison de dire que seule la révolution pouvait mettre fin à la barbarie capitaliste et c'est ce qu'ont accompli les révolutionnaires bolcheviks en Russie.
Il est donc temps, grand temps de crier notre volonté que cesse la guerre impérialiste en Ukraine. Soutenir les peuples ukrainien et russe, c'est lutter contre l'implication de la France et de l'Union Européenne dans la guerre, c'est lutter pour que la France se retire de l'OTAN rejetant tous les prétextes utilisés par les deux côtés, révéler aux peuples les causes réelles des guerres impérialistes et de celle là en particulier.
[1] https://www.sitecommunistes.org/index.php/monde/europe/3107-ukraine-la-logique-de-lescalade-guerriere-mene-les-peuples-a-la-catastrophe
Lénine V. I. ; L'impérialisme stade suprême du capitalisme, Éditions Sociales, 1952.
[3] https://www.sitecommunistes.org/index.php/monde/monde/2615-parti-revolutionnaire-communistes-initiative-paris-20-janvier-2024-combattre-ensemble-limperialisme
[5] Nils Andersson ; Les guerres annoncées : le capitalisme c'est la guerre ; éditions Terrasses, 2024 ; Nils Andersson ; Le capitalisme c’est la guerre, éditions Terrasses, 2021
[6] https://www.sitecommunistes.org/index.php/monde/europe/3107-ukraine-la-logique-de-lescalade-guerriere-mene-les-peuples-a-la-catastrophe




