Gantry 5

 

N° 942 09/09/2025  Le 25 août, des milliers de jeunes sont descendus dans les rues en Indonésie. Rassemblés devant le Parlement, ils ont résisté à des centaines de policiers armés de canons à eau, aux cris de « A bas le parlement ! ». Des affrontements entre les jeunes et la police ont duré pendant une bonne partie de la nuit. Plus de 400 personnes ont été arrêtées.
Le Jeudi 28 août, une manifestation encore plus importante a eu lieu à Jakarta. Un chauffeur-livreur a été tué par un véhicule blindé de la police. Ce meurtre a provoqué une vague de colère immense. Des manifestations ont éclaté dans de nombreuses villes d'Indonésie avançant toutes sorte de revendications, allant de l’augmentation des salaires jusqu’à la chute de la dictature.
Tout a commencé quand les parlementaires se sont attribué une subvention au logement de plus de 3.000 dollars, ce qui équivaut à plus de dix fois le salaire minimum officiel (il est de 300 dollars à Djakarta et deux fois moindre à Bali). Cette volonté des parlementaires de s'octroyer de telles augmentations a attisé une colère populaire dans un pays qui est touché par une forte augmentation des licenciements, crise qui touche les travailleurs du secteur formel mais aussi ceux et ils sont nombreux du secteur informel. En Indonésie, près de 60% des 140 millions de travailleurs sont employés dans l'économie informelle, un phénomène particulièrement important dans les zones rurales.
À la suite du meurtre de Affan Kurniawan, un mototaxi de 21 ans travaillant pour des plateformes numériques écrasé par un camion de police. Le slogan « police assassins » est devenu le mot d'ordre de ralliement des manifestants. Les manifestants ont attaqué des commissariats dans plusieurs villes du pays. Les luxueuses villas de certains députés et ministres ont été attaquées et envahies. Les manifestants ont également brûlé certains bâtiments officiels. Tout cela a exprimé la colère profonde des travailleurs et de la jeunesse précaire contre un personnel politique violent, arrogant et déconnecté de la réalité des conditions de vie de l’écrasante majorité de la population. Cette colère s'est aussi dirigée contre les grandes fortunes, dans un pays profondément inégalitaire.
Face à ces manifestations, la répression a été particulièrement violente. On compte déjà six morts et la police a arrêté plus de 1.200 personnes. Des organisations pour les Droits Humains dénoncent la disparition de 20 personnes.
L'Ubérisation de l'économie qui a été présentée comme une chance pour faire fortune rapidement a tourné au cauchemar pour des millions de jeunes soumis à une exploitation féroce des plates-formes numériques. Une chauffeuse témoigne ainsi de cette exploitation : " Elle se souvient que, lorsqu’elle a commencé à travailler pour les plateformes, elle pouvait gagner 300.000 rupiahs (environ 17 euros ou 19 dollars US) par jour. Aujourd’hui, une journée de 17 heures lui rapporte moins de 100.000 IDR (6 euros ou 7 dollars US), car les tarifs diminuent, les plateformes augmentent leurs commissions et la concurrence croît. (…)".
Pour autant, les travailleurs des plateformes malgré cette vie de précarité et de bas salaires que les capitalistes imposent à des millions de personnes en Indonésie ont entamé un processus d’organisations syndicales et associatives et ont mené des grèves importantes pour leurs conditions de travail et salaires. Ainsi, après le meurtre d’Affan Kurniawan, les moto-taxi ont constitué l’un des secteurs les plus visibles et mobilisés dans les manifestations.
Le gouvernement et le Président Prabowo conscient du danger que la mobilisation représente, ont tenté de faire des gestes et des concessions. Ainsi, le président a promis une investigation sérieuse sur les circonstances de la mort de Kurniawan ; au cours du weekend, aux côtés des partis de sa coalition, il a décidé de mettre fin à certains privilèges des parlementaires. Ces gestes se sont accompagnés d’une augmentation de la répression et de discours criminalisant les manifestants. Ainsi, également durant le weekend le président Prabowo a déclaré qu’il avait ordonné la police et l’armée d’agir de la façon la plus dure contre les émeutiers et les pillards, dénonçant
les émeutes de « trahison » et de « terrorisme ». Ces déclarations, dans un pays qui a connu l’une des dictatures les plus meurtrières et répressives de toute la région où l’on a mis en place une persécution anti-communiste et antisyndicale de masse à partir du milieu des années 1960 sont à prendre au sérieux. Rappelons que l'on estime que 500.000 communistes, syndicalistes, militants de gauche, ou soupçonnés de l’être, mais aussi de personnes issues de minorités nationales et religieuses ont été assassinés1.
Les classes dominantes indonésiennes espéraient qu’en mettant à la tête du pays un général d’extrême-droite charismatique, elles réussiraient à canaliser la colère populaire. Ces mobilisations, qui ne sont pas les premières depuis que Prabowo est arrivé au pouvoir, expriment un profond malaise populaire et mettent en échec cette politique. La révolte des exploités en Indonésie, montre le chemin nécessaire pour renverser la domination d'une bourgeoisie nationale qui entend jouer de tous les registres, allant de l'extrême-droite aux opportunistes de gauche pour garder le pouvoir. Ainsi, pendant que le Président Prabowo ordonnait et organisait la répression, il faisait acte d'allégeance au pouvoir chinois en participant à une rencontre officielle avec le Président Chinois Xi Jinping. Prabowo était : " en visite spéciale en Chine pour assister aux commémorations marquant le 80e anniversaire de la victoire de la Guerre de résistance du peuple chinois contre l'agression japonaise et de la Guerre mondiale antifasciste". Au cours de cette rencontre, les déclarations de Xi Jinping rapportées par le Ministère des affaires étrangères de la République Populaire de Chine2 sont sans ambiguïté à cet égard : " M. Xi a souligné que le président Prabowo était venu en Chine pour assister aux événements commémoratifs malgré les difficultés, témoignant ainsi de l'importance qu'il attache aux relations sino-indonésiennes et de l'amitié sincère du peuple indonésien envers le peuple chinois.
La Chine soutient la gouvernance du président Prabowo, le rétablissement rapide de l'ordre et de la stabilité en Indonésie, ainsi que le développement et la croissance de ce pays, a-t-il ajouté."
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