N°894 10/10/2024 Fin septembre, les autorités monétaires chinoises ont annoncé une série de mesure d’assouplissement de la politique monétaire qui ont réjoui les marchés boursiers locaux et même provoquer une hausse de l’action à Paris de… LVMH.
Ces décisions s’inscrivent dans la volonté du pouvoir d’atteindre une croissance proche de 5% en fin d’année, gage d’une activité économique suffisante pour conserver les grands équilibres économiques et sociaux internes.
Pour l’instant, et les dernières annonces attendues mais finalement non advenues le 8 octobre le confirme, les autorités usent de la seule arme monétaire en réduisant les taux directeurs pour donner plus de latitude aux banques prêteuses, diminuer les dettes des particuliers et relance le secteur du bâtiment actuellement en plein marasme comme l’atteste notamment les revers du promoteur Evergreen à la limite de la mise en faillite.
Il est clair que les mesures annoncées auront peut-être des effets structurels suffisants pour atteindre les 5% mais ne régleront en rien les difficultés structurelles de l’économie chinoise (quelques centaines de milliards dégagés pour un PIB de 18.000 milliards de dollars).
Les emplois du PIB des économies développées sont consacrés au deux-tiers à la consommation, en Chine, la consommation ne représente que 40% du PIB et de fait la croissance est tirée par l’investissement dont un quart se réalise dans la construction. D’où l’effort mis vers la tentative de résorption de la crise dans ce secteur dans lequel les classes « moyennes + » placent leurs économies. Il y a donc aussi une préoccupation de la part du pouvoir de préserver les intérêts du soutien de la partie de la population qui a le plus bénéficié de l’ouverture de l’économie chinoise.
Par ailleurs, la crise immobilière a entraîné une crise de la dette interne avec de nombreux acteurs aux bords de la faillite (promoteurs, acheteurs particuliers, collectivités territoriales). Ce qui protège la Chine d’un effondrement brutal (comme la Thaïlande à la fin des années 90) reste la fermeture du marché des capitaux internes et le système monétaire à deux monnaies (une pour les échanges internationaux et une pour le marché intérieur).
Le commerce international demeure le fer de lance de l’économie chinoise. Et de ce côté, les nouvelles ne sont pas bonnes avec les surtaxes décidées par les Etats-Unis ou l’Union européenne sur les produits chinois (notamment en ce moment les véhicules électriques) et de fait, plus généralement de la guerre commerciale menée par les Etats-Unis. Sans compter que la croissance mondiale stagne…
Le modèle de développement mercantiliste chinois atteint sans doute ses limites d’autant que les retombées pour la population chinoise sont pour le moins contrastées : d’un côté une classe sociale bénéficiaire de cette orientation, qui investit dans le secteur immobilier et le luxe made in France (on comprendra l’image), de l’autre des classes populaires qui paient le prix fort de la productivité et compétitivité chinoises aussi bien en termes de revenus que de conditions de travail. Il est certain qu’un rééquilibrage en faveur de la consommation intérieure serait bienvenue pour rééquilibrer le modèle chinois, ce qui se traduirait en particulier par des investissements dans les infrastructures, plutôt que de logements vides comme c’est le cas actuellement et un partage plus égalitaire des revenus du travail.
Mais cette orientation nécessite des révisions sans doute déchirantes pour le capitalisme chinois attaché à un modèle de développement qui lui donne les moyens de soutenir l’affrontement de type impérialiste face aux Etats-Unis et ses alliés.




