Gantry 5

 

N° 908 16/01/2025  La Californie est confrontée à ce qui pourrait être le feu de forêt le plus dévastateur de son histoire, étant en proie à des incendies non maîtrisés dans tout le comté de Los Angeles. Des quartiers entiers et des pâtés de maisons ont complètement brûlé, alors que les pompiers n’ont même pas pu accéder à de l’eau pour éteindre les flammes, les canalisations étant à sec.
Malgré l’immense richesse de la région, le manque de ressources adéquates pour lutter contre les incendies et la décrépitude des infrastructures ont laissé de nombreuses personnes sans défense face aux flammes. La Californie, qui compte 186 milliardaires, soit le plus grand nombre de tous les États américains, s’est révélée incapable de protéger ses citoyens des ravages causés par les incendies.
Des ordres d’évacuation ont été émis tardivement pour les comtés de Los Angeles, Orange, San Bernardino, Riverside, Ventura et Santa Barbara, les services d’urgence étant débordés par l’ampleur de la catastrophe. À ce jour, 100.000 personnes ont reçu l’ordre de quitter leur domicile sous la menace des flammes, et l’on estime que les pertes assurées pourraient atteindre 10 milliards de dollars ou plus. Mais l’absence d’ordre d’évacuation précoce, malgré les avertissements des services météorologiques, a exacerbé la crise. Résultat : plus de 11 000 hectares ont déjà été ravagés et le nombre de morts confirmé devrait augmenter de manière significative. 
Hormis les super riches, la pleine compensation des milliers de personnes qui ont été déplacées restera lettre morte. Nombre d’entre elles viendront s’ajouter au nombre croissant de sans-abri, qui étaient plus de 75.000 l’année dernière dans le comté de Los Angeles. Le problème est aggravé par la décision des compagnies d’assurance, comme State Farm, l’une des plus importantes de Californie et des États-Unis, d’annuler l’été dernier des centaines de couvertures de propriétaires à Pacific Palisades, estimant qu’il s’agit d’une zone à haut risque n’étant plus rentable en raison de l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des incendies de forêt.
Pas de service public
La grave pénurie de pompiers est un facteur clé qui contribue à la catastrophe. Les pompiers sont acheminés par avion depuis les États voisins comme le Nevada, l’Oregon et l’État de Washington, car les ressources locales ont été épuisées. Cette pénurie peut être directement attribuée aux récentes coupes budgétaires signées par la maire démocrate Karen Bass, le service d’incendie de Los Angeles ayant subi une réduction de 17,6 millions de dollars, tandis que le service de police a bénéficié d’une augmentation de 126 millions de dollars. Mais globalement, l’absence de service public est la principale cause de la catastrophe. Dans la ville même de Los Angeles, il existe des endroits sans tout à l’égout, ni ramassage des ordures, privés d’électricité, et même sans voirie. Les Services d’incendie sont réduits à un noyau permanent limité sous contrat municipal et sous traitent le personnel et le matériel occasionnel selon la nécessité à des compagnies privées. Alors même s’il y avait dix fois plus de pompiers ça ne changerait rien au problème.
Le seul fait que les flottes d’avions bombardiers d’eau occidentales soient constituées essentiellement de Canadairs et ne soient utilisées que par des pays européens dont la France alors qu’ils sont construits à quelques centaines de kilomètres des Etats Unis qui n’en possèdent aucun donne l’état des lieux et les préoccupations des dirigeants californiens et US quant à ce genre d’événement.
Aux USA, il est possible de construire en dehors des grandes agglomérations urbaines et des parcs nationaux, n’importe comment, n’importe où, avec n’importe quoi. Il n’existe même pas de normes antisismiques fixées, (sinon de construire léger), alors que c’est construit sur une des plus grandes zones de subduction de la Planète. Il n’existe aucune norme d’isolation ni d’ignifugation des matériaux et la seule chose solide c’est en général la cheminée, comme on peut le voir sur les photos après l’incendie. Nombre de constructions sont en bois, souvent pour des raisons écologiques, qui font partie du corpus de l’idéologie dominante en Californie.
Il n’existe aucun plan d’urbanisation ni d’occupation des sols et il est possible et licite de construire dans le cratère d’un volcan, sur un marécage, au milieu d’une forêt de résineux, comme au milieu d’un torrent.

Le « réchauffement climatique » argument pour défendre l’impérialisme
La catastrophe des incendies de Los Angeles est loin d’être un coup de tonnerre dans un ciel serein. Ce n’est que la plus récente d’une série de catastrophes, comme les inondations dévastatrices provoquées par l’ouragan Helene qui a tué plus de 100 personnes dans l’ouest de la Caroline du Nord et fait des milliers de sans-abri l’année dernière ou encore les incendies à Hawaï qui ont rasé les trois-quarts de l’Île et épargné les maisons en dur des milliardaires se trouvant sur la crête "au vent" bien à l’abri.
Et donc, on nous vend la ritournelle : « C’est la faute du changement (ou réchauffement ou dérèglement) climatique ! ». Notons au passage que s’il est possible de constater un réchauffement (mais avons-nous réellement les données et les outils pour cela ?), le climat change en permanence et le croire déréglé, c’est penser qu’il a eu, un temps, des règles, il serait intéressant de savoir lesquelles. Ainsi, un éminent dirigeant de la gauche française a-t-il pu écrire sur X : « Des feux de forêts immenses touchent Los Angeles. […] 2024 est l’année la plus chaude jamais enregistrée. Le combat pour préserver notre climat doit être une priorité. ». Sans un mot pour dénoncer l’absence de service public de l’eau, des incendies, de l’urbanisme. L’intérêt de cette citation est qu’elle est totalement au diapason de la plupart de celles des gens de « gauche » en France.
On induit donc ainsi une sorte de fatalisme et on invite, objectivement, à ne pas chercher de raisons liées au système. Il faut dire que les démocrates de Californie sont considérés comme des champions de l’écologie et que la gauche française, ayant fait campagne pour Kamala Harris, voudrait bien cacher que les démocrates sont responsables de la réduction du financement de la lutte contre les incendies et des ressources de prévention, ainsi que du sous-financement des mesures limitées de lutte contre les incendies de forêts.
Le gouverneur de Californie Newsom fait semblant d’ignorer le désastre total. Dans la plus grande ville de l’État sous sa juridiction, on peut le soutenir politiquement et vider délibérément les réservoirs d’eau pendant la sécheresse. Le gouverneur lui-même se soucie de la « biodiversité », de la protection du poisson éperlan, et la presse fait l’éloge de ce « combat ». Cette même presse, impute tout aux rafales de vent et à la chaleur. Facteurs qui s’additionnent pour former une image confortable du « changement climatique ». La réponse est universelle pour tout cataclysme, qu’il soit naturel, ou provoqué par l’homme.
On peut voir ici tout le sens et toute la nocivité de la chimère déiste du « Sauvons la planète » qui sert d’alibi aux tenants de l’impérialisme dominant, pour peu qu’ils soient favorables au capitalisme « vert ». C’est l’alibi qui évite la compréhension profonde de ce que représentent ces incendies : une condamnation de l’ensemble de l’ordre social et économique des États-Unis.
Service public et baisse tendancielle du taux de profit
Ce révélateur ne touche pas que les USA. Des situations similaires ont eu lieu récemment en Espagne, dans la communauté de Valence où l’absence de service public est responsable de la catastrophe et qu’il n’y a toujours pas de structure ayant pour tâche de nettoyer les dégâts, les gens se débrouillent ou encore à Mayotte où l’État français se révèle incapable de subvenir aux besoins de la population. C’est qu’à force de détruire les services publics (comme en France) ou de vivre sans (comme aux USA), les conséquences se font forcément jour.
La Grande Bourgeoisie Occidentale et ses fondés de pouvoir sont partagés. Le modèle ultra libre-échangiste que représentent Biden, Macron ou Von Der Leyen montre de plus en plus de signe de grippage du moteur. C’est pourquoi une partie du Grand Capital mise sur d’autres chevaux comme Trump. Pour autant, tous sont d’accord pour préserver le système capitaliste et son stade impérialiste. Tous sont là pour régler au mieux le décisif problème de la baisse tendancielle du taux de profit.
Au stade impérialiste, le marché est fini, on ne peut pas vendre sur la Lune. Il n’existe plus de capitalisme industriel et de capitalisme bancaire, c’est le Capital financier où tous s’imbriquent les uns dans les autres, ou telle banque est actionnaire de telle multinationale de l’énergie, laquelle est aussi actionnaire de la banque. La concurrence est de plus en plus féroce quand il devient de plus en plus difficile de conquérir de nouveaux espaces pour exploiter les travailleurs. Alors, il faut taper, et taper fort sur le travail vivant, les salaires, les cotisations sociales et les investissements de l’État dans les services publics. Et tant pis si des catastrophes comme celle de Californie deviennent inévitables à cause de l’absence de service public, cela passe en pertes et profits. Nul doute d’ailleurs, que nombre de requins à commencer par les grands spéculateurs comme Black Rock ne se mettent sur les rangs pour financer la reconstruction : ça risque d’être plus rentable qu’en Ukraine.
 
En conclusion
Regardons tout cela à l’aune du budget que va proposer Bayrou, un budget d’austérité, dans lequel les services publics seront sacrifiés et qui ne touchera pas au vol du salaire socialisé que représentent les exemptions des cotisations patronales. Poursuivre dans cette voie est indispensable pour le Grand Capital, mais pour les travailleurs, c’est une catastrophe.
Cela donne ce que l’on peut considérer comme le symbole des USA aujourd’hui : des « femmes pompiers » qui sont embauchées en raison du quota de genre et qui éteignent des manoirs de plusieurs millions de dollars en versant l’eau restante de la plomberie domestique dans leur sac à main.
Plus que jamais, à la lumière de ce qui se passe en Californie, les travailleurs n’ont rien à attendre du système capitaliste. Pour le Parti Révolutionnaire Communistes, pour retrouver ou restaurer nos services publics, il n’y a rien à négocier, à discuter avec les servants du Grand Capital, il n’y a que la lutte de classe, obstinée, durable, de toutes celles et tous ceux qui n’ont que leur force de travail à vendre.
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