N° 911 06/02/2025 Après trois ans de guerre, les combattants du groupe armé M23 avec le soutien de l’armée rwandaise et de ses forces spéciales, se sont emparés de Goma, la capitale régionale du Nord-Kivu(1), en République démocratique du Congo (RDC). Une armée congolaise en pleine déroute soutenue par 1.000 soldats Sud-Africains et d’autres venants de Tanzanie et du Malawi. Les combats entre l’armée congolaise et le M23 ont ravagé toute la région du Nord et du Sud-Kivu.
Ce mouvement, le M23, n’est qu’une des nombreuses bandes armées se disputant le contrôle de la région et des richesses minérales qu’elle abrite. Les minéraux rares sont ici en abondance dans le sous-sol(2) de la région. Ils attisent l’appétit des entreprises capitalistes et des groupes armés à leur solde. Le principal minerai présent au Kivu est le coltan, indispensable à la fabrication des téléphones portables et des alliages spéciaux utilisés dans l’aéronautique civile et militaire. Une mine du Nord-Kivu située à 40 km de Goma produit à elle seule 15 % de la production mondiale.
Dans de telles mines qualifiées d’artisanales, des creuseurs arrachent le minerai du sol sous la menace d’hommes armés. Le minerai prend ensuite le chemin des pays africains voisins, Rwanda et Ouganda, où il est transformé sous label local et vendu à des trusts comme Apple.
La traite d’êtres humains, la violence sous toutes ses formes et d’innombrables massacres de populations martyrs, constituent le lot quotidien du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. A cela s’ajoute depuis 1976, dix épidémies d'Ebola d’une contagiosité et d’une mortalité élevée, aggravant encore plus la dégradation de la situation socio-économique de la population, le virus se propage à l'épicentre de ce conflit entre les différents groupes armés. Plus de quatre millions d’habitants, dont beaucoup d’enfants, ont dû tout abandonner pour se réfugier dans des camps improvisés, ceux qui avaient trouvé refuge autour de Goma ont été obligés de s’enfuir à nouveau pour s’abriter à l’intérieur de la ville. Goma comptait déjà avant cet exode un million d’habitants, une population se retrouvant prise entre les deux armées, obligée de se terrer dans une ville sans alimentation et des hôpitaux débordés.
Cette région n’a jamais connu la paix.
L’impérialisme français voulant garder la main sur cette région est un des responsables du chaos qui ensanglante depuis 30 ans ce territoire, suite au génocide des Tutsis au Rwanda. Mitterrand, président, est à l’origine de l’ancêtre du M23 en 1994, quand l’armée française a été envoyée au Rwanda. Elle devait tenter d’arrêter les soldats du Front patriotique rwandais (FPR) victorieux du régime génocidaire des extrémistes hutus soutenus par la France. Les militaires français ont protégé la fuite de tous ces nervis au Zaïre voisin, dont le nom actuel est la République démocratique du Congo, emportant les conteneurs chargés d’armes ayant ainsi les moyens de faire régner la terreur parmi les populations locales. Ils participèrent aux deux guerres qui ont ravagé tout le pays de 1996 à 2003 et furent intégrés à l’armée congolaise dans les accords de paix pour finalement se mutiner en 2012 et fonder le M23. Le bilan est lourd(3) : 10 millions de morts c'est le chiffre avancé par de nombreux experts, près de 4 millions de déplacés, des camps de réfugiés saturés et des centaines de milliers de personnes appauvries dans le silence complice de la communauté internationale. Si les populations ne meurent pas sous le coup de mortiers. Elles meurent majoritairement de maladies et de famine. Les armes de guerre sont aussi le viol, 500 000 femmes violées un chiffre avancé par le docteur Mukwege et la destruction du tissu social. Les infrastructures sanitaires sont détruites et la moindre pathologie devient mortelle. Selon le rapport SIPRI(4), 18 conflits se situent majoritairement en Afrique sub-saharienne. Dans ces régions les populations sont opprimées subissant des forfaits les plus atroces où se trouvent les territoires riches en minerais de tous genres surtout au Congo(5) oriental. Ceux-ci participent intégralement à la croissance de l’économie impérialiste. Ils sont intimement liés à l’insatiable appétit des pays capitalistes dépourvus en matières premières susceptibles de répondre à une demande de plus en plus exigeante en téléphonie ou matériels high-techs. Les exportations de minerai représentent plus de 90% des exportations du pays et plus de la moitié part à destination de la Chine. Par exemple le « European Green Deal » ou « Pacte vert pour l’Europe » proposé par la Commission européenne a pour objectif de « rendre l’Europe climatiquement neutre en 2050 » afin d’accroître sans cesse les profits et d'accumuler toujours plus de capital pour ces multinationales. Mais à 10.000 km de Bruxelles des centaines de « creuseurs » triment à mains nues dans une insalubrité totale, échappant à tout contrôle autre que celui de bandes armées. Le contraste entre les opérations d’extraction de matières premières au Kivu et les performances technologiques à disposition des consommateurs est saisissant.
Les luttes solidaires contre l'impérialisme, sa dénonciation comme fauteur de guerre, les luttes pour la paix et le désarmement sont donc bien un enjeu de la lutte des classes.
La seule issue est de mettre fin à ce système nuisible pour l’humanité et construire une société sans exploitation de l’Homme par l’Homme, une société de coopération, de solidarité, de paix entre les peuples, une société socialiste.
(1) La province du Nord-Kivu connaît une insécurité intense et une aggravation des crises humanitaires. Celle-ci fait partie des provinces les plus peuplées, plus de 8 millions d'habitants. Partageant ses frontières avec quatre autres provinces (Ituri, Sud-Kivu, Maniema et Tshopo) et les pays : l'Ouganda et le Rwanda.
(2) Diamants, pétrole, or, cuivre, cassitérite, coltan, 70% de la production de Cobalt dans le monde.... Le sous-sol de la République démocratique du Congo est l'un des plus riches au monde. 3ème producteur de cuivre dans le monde.
(3)9 pays Africains sont impliqués. L’Angola, le Zimbabwe, la Namibie au sud, le Rwanda l’Ouganda, le Burundi, le Congo, le Tchad, le Soudan au nord. Une trentaine de milices locales sévissant sur le terrain.
(4) (SIPRI) Stockholm International Peace Research Institute, ces données ont été publiées en décembre 2024. Les 100 plus grandes entreprises d'armement ont vendu 632 milliards de dollars d'armes et de services à caractère militaire en 2023, soit une augmentation en terme réel de 4,2 % par rapport à 2022.
(5)Plus de 70% des Congolais vivent aujourd'hui avec moins de 2 dollars par jour.




