N° 956 16/12/2025 L’inégalité est devenue la pierre angulaire d’une critique « féroce » contre le capitalisme mondial tel qu’il s’organise aujourd’hui. Autour de M. Piketty, des centaines de chercheurs collaborent au sein du World Inequality Lab1 à produire un panorama mondial de cette hydre détruisant à petit feu l’humanité, l’inégalité.
Le sens politique de cette courageuse démarche est révélé par M. Piketty : le véritable ennemi de la droite nationaliste et « extractiviste » incarnée par les trumpistes est la gauche sociale-démocrate mondiale2. Il nous semblait que le « social-démocrate » Lula avait donné son feu vert à l’extraction du pétrole à l’embouchure de l’Amazonie. Il nous a semblé aussi que la transition énergétique, portée par ladite social-démocratie mondiale, préoccupée par l’avenir de nos enfants, nécessitent l’extraction de minerais en grande quantité. Des détails sans importance dans ce combat entre le bien et le mal qui crée de l’inégalité.
La base idéologique de la démarche des anti-inégalitaires (appelons les ainsi par simplicité) est en ligne avec la volonté réformatrice assez ancienne maintenant (Kautsky3 et consort avant la première guerre mondiale). Finalement, une fois dénoncées les inégalités de plus en plus criantes, que fait-on ? D’après Piketty, Zugmann et tous les sociaux-démocrates qui se qualifient de réformateurs, il suffirait d’ajuster la fiscalité, maîtriser les flux financiers internationaux, redonner son lustre dudit Etat-Providence, etc.
Notre propos n’est pas tant d’ironiser au sujet de ces bonnes volontés qui s’expriment que de s’interroger sur leur bonne compréhension du monde dans lequel nous vivons.
Pourtant dans ses ouvrages antérieurs, M. Piketty avait pointé que l’histoire de l’inégalité subissait l’influence des rapports de force sociaux : ainsi, au lendemain de la seconde guerre mondiale, en Europe, pour le moins, l’inégalité a connu – si l’expression est permise – une sorte de creux. Et réciproquement, la fin des économies planifiées en Europe a ouvert la boîte de Pandore d’où est sorti un accroissement continue de l’inégalité, un affaiblissement des syndicats et des forces politiques encore critiques du système capitaliste.
T. Piketty abhorre le capitalisme contemporain – nous l’entendons – pour autant, ce dernier est le fruit d’une évolution technologique, sociale et idéologique issue du capitalisme antérieur qui satisfaisait davantage son idéal égalitaire.
S’agit-il alors de déterminer quel degré d’inégalité est acceptable ? Car, rappelons le, dans le capitalisme, les producteurs de valeurs d’échange (et non de richesse, point important) s’en voient déposséder par les propriétaires des capitaux (physiques et financiers) comme le prévoit le contrat de travail des salariés. L’échange est-il égal ? La réponse est non. Il s’agit assurément ici d’une analyse « radicale » du capitalisme, c’est-à-dire qui revient à la racine des choses.
Par suite, nous comprenons ceci : il ne s’agit pas de réduire à néant l’inégalité mais de la réduire. Problème ardu alors que l’inégalité est le premier moteur du capitalisme sans lequel il n’agit, ni se meut. Par déduction, la montée des inégalités alimente le développement accéléré de valeurs d’échanges mondiales. Et à moins de casser la machine, nous ne voyons pas trop comment il est possible de stopper cette spirale.
Les travaux de M. Piketty et de ses collaborateurs recèlent un intérêt documentaire certes estimable. Mais les remèdes proposés de lutte pour la réduction des inégalités n’ont de sens que dans le cadre donné du capitalisme. Or, il faut se sortir de ce cadre, irréformable !




